Économie
Dix-sept ans après le crash de l’Atlantique, Airbus et Air France sous la menace d’une condamnation
La cour d’appel de Paris doit se prononcer ce jeudi sur le sort des deux entreprises, après que le parquet général a requis leur condamnation pour homicides involontaires, un revirement notable après leur relaxe en première instance.
Le 1er juin 2009, le vol AF447 reliant Rio de Janeiro à la capitale française disparaissait en pleine nuit dans l’océan Atlantique, emportant avec lui 228 personnes de 33 nationalités. Dix-sept années plus tard, la justice s’apprête à rendre un verdict susceptible de marquer un tournant dans cette affaire. Après avoir obtenu la relaxe d’Air France et d’Airbus lors du premier procès, le ministère public a changé de position à l’issue des audiences en appel et a requis leur condamnation.
Une telle décision, si elle était prononcée, revêtirait une portée essentiellement symbolique. Les deux sociétés, en tant que personnes morales, ne pourraient se voir infliger qu’une amende maximale de 225 000 euros. Elle n’en ternirait pas moins leur image, comme l’ont souligné les avocats généraux lors de leur réquisitoire. Dénonçant une défense jugée inflexible, ils ont estimé qu’aucune parole sincère de réconfort n’avait été adressée aux familles des victimes, qualifiant l’attitude des prévenus d’indécente.
L’origine de la catastrophe a été établie par les boîtes noires. Le givrage des sondes de vitesse Pitot, alors que l’appareil volait à haute altitude dans une zone météorologique instable surnommée le Pot au noir, a déclenché la séquence fatale. Pour l’accusation, les fautes commises par le constructeur et la compagnie aérienne sont caractérisées et ont directement contribué à la survenance du drame. Airbus s’est vu reprocher d’avoir sous-estimé la gravité des défaillances de ces sondes et de ne pas avoir suffisamment informé les équipements des compagnies exploitantes. Air France, de son côté, est pointée du doigt pour un défaut de formation des pilotes face à une telle situation et pour une information insuffisante sur les risques de gel de ces instruments.
Lors du premier procès, le tribunal correctionnel de Paris avait relaxé les deux entreprises sur le plan pénal en 2023, tout en reconnaissant leur responsabilité civile. Les juges avaient alors estimé que des imprudences et négligences avaient été commises, mais qu’aucun lien de causalité certain n’avait pu être établi avec le crash. Devant la cour d’appel, Airbus et Air France ont maintenu leur défense, plaidant l’absence de responsabilité pénale et mettant en avant le rôle prépondérant des facteurs humains dans l’enchaînement des événements. Les proches des victimes, eux, attendent désormais un verdict qu’ils espèrent à la hauteur de leur douleur.
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