Politique
Côte d’Ivoire la fragile liberté des journalistes
Le pays est classé 54e sur 180 au monde pour la liberté de la presse, un bon score pour l’Afrique de l’Ouest. Mais derrière ce chiffre, les journalistes…


Le pays est classé 54e sur 180 au monde pour la liberté de la presse, un bon score pour l’Afrique de l’Ouest. Mais derrière ce chiffre, les journalistes ivoiriens vivent entre précarité économique et pressions politiques.
En Côte d’Ivoire, la liberté d’expression existe sur le papier. Dans la réalité, c’est autre chose. « On plaisante en disant que la liberté d’expression existe ici, c’est la liberté après l’expression qui manque », raconte César Etou, journaliste depuis 36 ans. Son journal d’opposition, La Voie Originale, a subi plus de cinquante sanctions différentes: avertissements, amendes, suspensions de parution ou convocations au commissariat. Les autorités peuvent aussi convoquer des journalistes pour des interrogatoires qui s’étirent pendant des heures, sans jamais les emprisonner mais en les usant psychologiquement. En mars dernier, la Fédération internationale des journalistes a même dénoncé une « ingérence flagrante » du gouvernement dans le principal syndicat de la profession, l’UNJCI. Le pouvoir avait tenté d’imposer sa candidate à la tête de l’organisation. Reporters sans frontières pointe aussi le cas d’un journaliste béninois, réfugié politique au Togo, arrêté à Abidjan en juillet dernier puis extradé vers le Bénin malgré son statut. Une procédure inédite qui inquiète.
Cette pression pousse beaucoup de confrères à s’autocensurer. Les journalistes d’investigation sont rares et vulnérables. Ils subissent des tentatives de corruption, des intimidations, des menaces de divulgation de leurs données personnelles. « On ne tue pas de journalistes en Côte d’Ivoire, on ne les emprisonne pas », a assuré le ministre de la Communication en mai dernier, tout en niant toute ingérence dans l’affaire du syndicat. Mais pour ceux qui enquêtent, la peur reste présente. « On n’est pas vraiment libre pour dénoncer, alerter et dire ce qui ne va pas dans une société », confie Fatoumata Kaloga, 26 ans, journaliste pour une chaîne privée. Elle veut pourtant continuer à couvrir son pays, attirée par ses potentialités et par les nouvelles technologies.
La précarité économique aggrave encore la situation. « Il y a des journalistes qui à la fin du mois ne perçoivent pas de salaire », déplore Noël Yao, fondateur du principal syndicat. La pratique des « per diem » est courante: les rédactions versent des sommes aux confrères pour qu’ils couvrent des événements, une forme de rémunération déguisée. La convention collective qui fixe un salaire minimum de 273 000 francs CFA (environ 416 euros) pour un rédacteur est rarement respectée. Beaucoup de journaux papier survivent en copiant ce qu’ils voient sur les réseaux sociaux, faute de moyens pour faire de l’information originale. Seuls quelques médias en ligne et audiovisuels privés tirent leur épingle du jeu, souvent grâce au soutien de mécènes. Malgré tout, des jeunes comme Fatoumata Kaloga persistent. La technologie et l’intelligence artificielle, dit-elle, pourraient offrir de nouvelles voies pour contourner les blocages.
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