Faits Divers
Condamnés pour un meurtre il y a 80 ans, la justice rouvre leur dossier
Raymond Mis et Gabriel Thiennot sont morts sans avoir été réhabilités. Leurs héritiers pourraient enfin obtenir la reconnaissance de leur innocence.


Raymond Mis et Gabriel Thiennot sont morts sans avoir été réhabilités. Leurs héritiers pourraient enfin obtenir la reconnaissance de leur innocence.
C’est une affaire qui hante la justice française depuis près d’un siècle. Ce jeudi, la Cour de révision examine la septième requête déposée par les familles de Raymond Mis et Gabriel Thiennot, deux hommes condamnés en 1950 pour le meurtre d’un garde-chasse dans l’Indre. Cette nouvelle tentative tient à un changement de loi sur mesure. En 2021, un amendement a élargi les possibilités de révision aux condamnations prononcées après des aveux obtenus sous la torture. Une brèche dans laquelle les héritiers se sont engouffrés.
Revenons aux faits. Le 31 décembre 1946, le corps de Louis Boistard, garde-chasse de 56 ans, est retrouvé criblé de plombs dans un étang. L’enquête pointe rapidement un conflit avec des chasseurs. Raymond Mis et Gabriel Thiennot, deux hommes du coin, sont arrêtés. Devant les policiers et le juge d’instruction, ils avouent. Mais quelques jours plus tard, ils se rétractent. Sans preuve matérielle solide, ils clameront leur innocence jusqu’à leur mort, l’un en 2003, l’autre en 2009. Le procès de 1950 les condamne à quinze ans de travaux forcés. Une grâce présidentielle en 1954 efface le reste de leur peine, mais pas leur culpabilité.
Le dossier a pourtant toujours senti le souffre. Dès le début, les défenseurs ont dénoncé des violences policières pendant les jours de garde à vue. En février dernier, la commission d’instruction a fait un pas décisif : elle a annulé plusieurs procès-verbaux, estimant que les aveux et les témoignages avaient été obtenus sous la contrainte. Reste une question centrale. Sans ces pièces, les faits peuvent-ils tenir ? La Cour de révision doit dire si le dossier dans son état actuel crée un doute suffisant. Si oui, elle annulera la condamnation. Mais pas de nouveau procès : les accusés sont morts. En cas de cassation, ils seront considérés comme éternellement innocents. Une issue rare en France, où seule une douzaine de révisions criminelles ont eu lieu depuis 1945.
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