Planète
Ces poissons venus des mers chaudes qui rongent la Méditerranée
Le poisson-ballon à bande argentée prolifère en Crète et menace la vie des pêcheurs. Sa chair est mortelle, ses dents coupent un doigt, et il n’a aucun…


Le poisson-ballon à bande argentée prolifère en Crète et menace la vie des pêcheurs. Sa chair est mortelle, ses dents coupent un doigt, et il n’a aucun prédateur naturel.
Dans le port de Iérapetra, en Crète, Alexis Charlambakis montre les dents d’un poisson-ballon pris dans ses filets. Deux incisives tranchantes par mâchoire. “Si l’un d’eux vous mord, il vous sectionne un doigt”, lance ce pêcheur de 43 ans. Autour de lui, les preuves s’accumulent. Une raie à moitié dévorée, un pagre commun, un autre poisson réduit en charpie. L’espèce s’appelle Lagocephalus sceleratus. Elle est originaire de la mer Rouge et des océans Indien et Pacifique. Mais elle a emprunté le canal de Suez pour envahir la Méditerranée orientale. Depuis 2005, les scientifiques la recensent en Grèce. Aujourd’hui, elle pullule.
Ces poissons mesurent entre 40 et 60 centimètres. Ils mangent tout ce qu’ils croisent. Poissons, crustacés, calmars. Et ils n’ont pas d’ennemis naturels. Résultat : les pêcheurs crètois voient leurs prises fondre. Leurs filets, déchiquetés en moins d’une heure. “On laisse nos filets dans l’eau une heure, pas plus, et ils les mettent en lambeaux”, raconte Babis Doriakis, 25 ans. Le préjudice économique est lourd. Nota Peristeraki, biologiste marine, l’estime à environ 8 500 euros par an et par bateau. “Le boulot est de pire en pire chaque année”, souffle Kostis Zevelekakis, pêcheur de 53 ans. L’État, selon lui, ne fait pas assez pour aider à gérer cette invasion. Il réclame un cadre pour pouvoir chasser ces poissons plus efficacement.
Mais le danger ne s’arrête pas aux filets. La chair du poisson-ballon contient de la tétrodotoxine, un poison violent. “En cas d’ingestion, elle provoque une insuffisance cardiaque et un arrêt des poumons”, alerte Thekla Anastasiou, biologiste marine. Les pêcheurs doivent donc traiter ces prises comme des déchets dangereux, classés “déchets de classe 1” par la réglementation européenne. L’incinération est le seul mode d’élimination autorisé. Mais des scientifiques cherchent des alternatives. Ils testent un procédé chimique pour neutraliser la toxine, avec un succès de 90 % pour l’instant. L’idée ? Transformer ce fléau en engrais ou en aliment pour poissons. “Le poisson-ballon reste un poisson, avec des protéines de grande valeur”, explique le chimiste Manolis Mandalakis. Un espoir pour transformer un désastre écologique en ressource.
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