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Boulanger le matin, policier l’après-midi ? Pris en étau entre dealers et préfecture, deux commerces près de

À Saint-Herblain, une boulangerie et un tabac pourraient être contraints de fermer plusieurs mois. La préfecture les accuse de complaisance avec des…

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Boulanger le matin, policier l'après-midi ? Pris en étau entre dealers et préfecture, deux commerces près de Nantes risquent la fermeture

À Saint-Herblain, une boulangerie et un tabac pourraient être contraints de fermer plusieurs mois. La préfecture les accuse de complaisance avec des trafiquants de drogue qui squattent leur devanture. Les gérants, eux, crient à l’injustice.

C’est un courrier tombé comme un couperet. Le 4 juin, les propriétaires du Fournil du Sud et du tabac voisin reçoivent un avertissement de la préfecture de Loire-Atlantique. Motif invoqué : un point de deal s’est installé juste devant leurs vitrines, sur le boulevard Salvador Allende. Les dealers y font leurs allers-retours entre la boulangerie et le bureau de tabac. Depuis juin 2025, une nouvelle loi sur le narcotrafic permet de sanctionner les commerces qui « laissent faire ». La préfecture estime que les gérants ont fait preuve de « complaisance », voire de complicité passive en laissant les dealers se réfugier à l’intérieur lors des contrôles de police. La sanction peut aller de trois à six mois de fermeture administrative.

Les patrons du Fournil du Sud ne décolèrent pas. « C’est faux », assure Thameur Khalifa, l’un des cogérants. Il raconte le calvaire quotidien : les jeunes dealers font du rodéo devant la boutique, s’installent sur la façade. Mais lui, il fait du pain, pas de la police. « Je dois être boulanger le matin et policier l’après-midi ? » lance-t-il, amer. Norredine Ben Haddou, son associé, décrit une situation intenable : « On est en étau entre la police et les jeunes dealers. » Leur avocat, Me Kamel Maouche, dénonce une décision plus politique que juridique. Un autre avocat, Me Maxime Gouache, spécialiste en droit administratif, pointe du doigt une logique absurde : faire porter aux commerçants la responsabilité d’actes commis par d’autres. Les gérants envisagent un recours en annulation ou une procédure en référé pour éviter la fermeture.

Cette affaire illustre un malaise plus large. Dans plusieurs quartiers français, les commerces de proximité se retrouvent en première ligne face au trafic de drogue. Sans être complices, ils subissent la pression des dealers et les foudres de l’administration. Une employée souligne que la boulangerie est indispensable pour les habitants du quartier. La fermer ne réglera rien au trafic, insiste le patron. Mais la préfecture, elle, applique la loi. Un bras de fer s’engage, tandis que d’autres commerces et services publics ferment dans des zones jugées trop dangereuses. La question est lancée : jusqu’où peut-on demander à un artisan de faire aussi office d’agent de sécurité ?

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