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Au Venezuela, la rue retrouve sa voix après la chute de Maduro

La capture de l’ancien dictateur par l’armée américaine a brisé la peur qui paralysait les Vénézuéliens. Mais si les manifestations renaissent, la…

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Au Venezuela, la rue retrouve sa voix après la chute de Maduro

La capture de l’ancien dictateur par l’armée américaine a brisé la peur qui paralysait les Vénézuéliens. Mais si les manifestations renaissent, la répression n’a pas dit son dernier mot.

Pendant des mois, la contestation était impossible. Après la réélection contestée de Nicolás Maduro en 2024, la répression avait été féroce. Plus de 20 morts et des arrestations massives avaient plongé le pays dans le silence. Même parler en public devenait risqué. Ce climat de terreur, hérité des grandes vagues de 2017, semblait avoir définitivement éteint la rue.

Tout a basculé le 3 janvier. L’arrestation de Maduro par les États-Unis, accusé de narcotrafic, a changé la donne. Depuis, la parole se libère. À Caracas, des retraités manifestent pour de meilleures pensions, des familles de prisonniers politiques réclament la liberté, des travailleurs dénoncent des salaires de misère. Diego Casanova, 30 ans, crie dans un mégaphone devant le Parquet : « Il n’y a pas de liberté ! » Une trentaine de personnes l’accompagnent, pancartes en l’air. La police observe, les boucliers posés à terre. Impensable il y a quelques mois.

Pourtant, la prudence reste de mise. La présidente par intérim Delcy Rodríguez gouverne sous la pression de Washington, mais le chavisme est toujours aux commandes. Les psychologues notent une « ambivalence » : on ose descendre dans la rue, mais avec crainte. L’état d’exception est toujours en vigueur, et la répression s’est adaptée. Des militants signalent des détentions arbitraires plus discrètes, plus ciblées. L’Observatoire vénézuélien des conflits sociaux évoque une répression « sélective et moins visible ». Quelque 400 opposants restent emprisonnés malgré une loi d’amnistie votée en février.

La crise économique est le vrai carburant des protestations. Huit millions de Vénézuéliens ont fui le pays. Ceux qui restent vivent avec des revenus inférieurs au panier de base, estimé à 700 dollars. Les manifestations ont bondi de 144% au premier trimestre 2026. Nely Molina, 76 ans, n’osait plus sortir. Aujourd’hui, elle marche avec d’autres retraités pour dénoncer sa pension « de misère ». « Nous avons plus de liberté pour crier ce que nous voulons », dit-elle. Mais dans l’ombre, l’appareil répressif veille. Comme le résume Diego Casanova en collant des papiers sur le trottoir : « En ce moment, on torture un prisonnier politique. » La libération de la parole n’est pas encore une libération tout court.

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