Société
Après le mégafeu, la Gironde réclame des actes et non des promesses
Sébastien Lecornu se rend en Gironde pour donner le coup d’envoi de la reconstruction. Mais sur place, l’attente est immense et la colère ne faiblit pas.


Sébastien Lecornu se rend en Gironde pour donner le coup d’envoi de la reconstruction. Mais sur place, l’attente est immense et la colère ne faiblit pas.
Le gouvernement relance enfin le chantier de la reconstruction en Gironde. Sébastien Lecornu se déplace dans le département pour lancer les travaux après l’incendie géant de juillet qui a ravagé plus de 40 000 hectares de forêt. Mais l’ambiance sur le terrain est lourde. Philippe, 56 ans, habitant du Porge, ne cache pas son amertume. Pour lui, les dirigeants sont déconnectés, ils arrivent avec un plan déjà ficelé sans écouter la population. Ses amis ont perdu leur maison, et il n’attend plus grand-chose de cette visite.
Le Porge est la commune la plus meurtrie. Sur les 250 habitations détruites dans le département, 183 se trouvent dans cette petite ville de 3 500 habitants. Les autres sinistres sont répartis entre Lanton, Le Temple, Saumos, Lège-Cap-Ferret, Andernos-les-Bains, Arès et Lacanau. La défiance est nourrie par les propos du Premier ministre au début du mois d’août, quand il avait accusé certains sinistrés d’instrumentaliser leur douleur sur les réseaux sociaux. Des habitants du village estiment que leurs maisons ont été sacrifiées pour protéger la presqu’île du Cap-Ferret.
Le programme de Sébastien Lecornu ne prévoit aucune rencontre avec les victimes. Il doit seulement s’entretenir à huis clos avec le maire du Porge, Martial Zaninetti, avant une table ronde à Mérignac avec les élus et les acteurs économiques de la reconstruction. Le maire le dit clairement, il attend un plan Marshall. Les commerçants et artisans locaux, qui ont dû fermer dix jours en pleine saison, ont rédigé une lettre de doléances. Ils veulent que l’État fasse pression sur les assurances pour être indemnisés de leur perte d’exploitation, même sans dégât matériel. Ils demandent aussi une exonération totale des charges Urssaf sur un trimestre et une enveloppe exceptionnelle pour compenser le temps passé à gérer des formalités.
Les acteurs de la prévention des incendies ont aussi des exigences précises. Bruno Lafon, président de la DFCI Aquitaine, dont les équipes ont construit plus de 120 kilomètres de pare-feu en urgence, réclame des assouplissements réglementaires. Il défend depuis trente ans l’idée que les propriétaires privés doivent accepter de perdre quelques milliers d’hectares de forêt en prévention, plutôt que d’en voir partir des dizaines de milliers en fumée. Il refuse les commissions et les inspecteurs généraux, car selon lui les solutions sont déjà connues. Michel Bazin, représentant national des entreprises de travaux forestiers, qui ont également participé à la création de ces pare-feu, regrette de ne pas avoir été convié à la rencontre ministérielle pour le moment. Il espère que tous ceux qui ont lutté contre cet incendie seront écoutés, et pas seulement les élus.
La mairie de Saumos, d’où est parti le mégafeu, a également fait entendre sa voix. Elle demande que ce territoire soit considéré comme le point de départ d’une réflexion collective, et non comme un laboratoire de décisions prises dans l’urgence. Lors de son passage à Bordeaux pendant la crise, Emmanuel Macron avait répondu aux critiques en rappelant que le budget de la sécurité civile avait quasiment doublé en dix ans. Mais aucune rencontre avec les sinistrés n’avait été organisée à l’époque, et ce souvenir reste vif.
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