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Antoni Gaudí un siècle après sa mort, l’homme derrière la légende béatifié par les foules

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L’architecte catalan, génie du modernisme, n’a jamais vu sa Sagrada Família achevée. Pourtant, cinq millions de visiteurs en 2024 et une possible reconnaissance religieuse le placent au rang des figures les plus mystiques de son époque.

La ville de Barcelone vit depuis des décennies au rythme de ses œuvres. La Sagrada Família, monument payant le plus visité d’Espagne, attire chaque année des foules venues du monde entier. En 2024, près de deux millions de personnes ont également franchi les portes de la Casa Batlló, joyau coloré du quartier de l’Eixample. Pour Xavier Villanueva, architecte directeur de ce bâtiment, Gaudí possédait un don rare. Il savait toucher les gens au plus profond d’eux-mêmes, bien au-delà de la simple prouesse technique.

Mais derrière le mythe touristique se cache un homme transformé par la foi. Né en 1852 dans une famille catholique fervente, Gaudí connaît un tournant décisif en 1894, après la mort de plusieurs proches. Il entreprend alors un jeûne extrême et amorce une vie austère, presque mystique. Le théologien Armand Puig Tàrrech, qui a participé à la rédaction d’un dossier de 1 700 pages pour le Vatican, explique que l’architecte était encore, avant cette crise, attaché à des choses humaines comme la vanité ou l’ambition. À partir de ce moment, il se place délibérément après Dieu. Cette réorientation radicale a nourri l’espoir de ses admirateurs, qui militent depuis plus de trente ans pour sa béatification.

Un siècle après sa mort, le 10 juin 1926, le pape Léon XIV célébrera une messe dans la basilique toujours en travaux. Il bénira la tour de Jésus, haute de 172,5 mètres, faisant de l’édifice catholique l’église la plus haute du monde. Une commission médicale du Vatican étudie actuellement un possible miracle, dernière condition pour proclamer Gaudí bienheureux. José Manuel Almuzara, cofondateur de l’Association pour sa béatification, a passé des décennies à recueillir des témoignages de personnes affirmant avoir prié l’architecte dans des moments de détresse. Un paradoxe amusant pour cet homme ombrageux qui refusait les photos de son vivant. Aujourd’hui, des millions de visiteurs, athées ou bouddhistes, contemplent ses œuvres. Comme le dit un biographe, le plus grand miracle de Gaudí est peut-être d’avoir créé un ouvrage que le monde entier veut découvrir.

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