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Abdullah Ibrahim le pianiste qui a fait chanter la liberté sous l’apartheid

Le géant du jazz sud-africain est mort à 91 ans en Allemagne. Sa musique a traversé l’exil et les combats pour devenir un symbole d’espoir.

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Abdullah Ibrahim le pianiste qui a fait chanter la liberté sous l'apartheid

Le géant du jazz sud-africain est mort à 91 ans en Allemagne. Sa musique a traversé l’exil et les combats pour devenir un symbole d’espoir.

Le pianiste Abdullah Ibrahim s’est éteint paisiblement lundi, entouré des siens, des suites d’une courte maladie. Il avait donné son dernier concert sur sa terre natale en mars dernier, lors du festival de jazz du Cap. Ce musicien métis, classé par le régime raciste comme « métis du Cap », avait dû quitter l’Afrique du Sud en 1962, l’année même où Nelson Mandela fut emprisonné à vie. Son exil a duré des décennies, mais il n’a jamais rompu le lien avec son pays. Sa silhouette longue et élégante, sa barbe touffue poivre et sel, rappelaient celle de Mandela.

Né Adolph Johannes Brand en 1934, il commence le piano à sept ans poussé par sa mère, pianiste d’église et de cinéma muet. À 15 ans, il joue déjà avec des orchestres de swing. À 24 ans, il forme son premier groupe, le Dollar Brand Trio. En 1959, il rejoint The Jazz Epistles avec le trompettiste Hugh Masekela et enregistre le premier album d’un groupe noir sud-africain. À cette époque, le jazz devient un outil de résistance à l’apartheid grâce à la mixité de ses musiciens et de son public. En 1963, alors qu’il joue à Zurich avec sa future femme Sathima Bea Benjamin, le légendaire Duke Ellington le découvre et l’emmène enregistrer à Paris. Les portes s’ouvrent. Il s’installe à New York, étudie la composition à la prestigieuse Juilliard School, joue avec Ellington. Trois ans plus tard, il retourne au Cap et se convertit à l’islam, adoptant le nom d’Abdullah Ibrahim.

En 1974, il compose « Mannenberg », du nom d’un township vidé de ses habitants pour créer un quartier blanc. Le morceau devient un succès instantané et un chant de lutte. Il sert même d’hymne officieux lors des émeutes de Soweto en 1976. Le couple repart en exil à New York avec leurs deux enfants. Ils ne reviennent qu’à la libération de Mandela, après 27 ans de prison. Ibrahim joue à l’investiture du premier président noir en 1994. Il fonde une école de jazz en Afrique du Sud tout en poursuivant une carrière internationale. Peu bavard, cet homme aux gestes doux était ceinture noire de karaté et a pratiqué les arts martiaux toute sa vie. Avec plus de 70 albums, il disait en 2024 ne jamais avoir cherché la célébrité. Sa musique parlait de ce qu’il connaissait le mieux sa famille, ses amis, son quartier d’enfance. « Il n’y a pas de passé, d’avenir, juste le moment présent auquel on convie l’auditeur », confiait-il en 2021. Son héritage, comparable à celui de Duke Ellington, reste une promesse de liberté. Mais aujourd’hui, cette même musique évoque aussi des espoirs dispersés, perdus, ce qui la rend presque insupportablement poignante.

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