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À Genève, la colère gronde à l’ombre du G7

Dimanche, des milliers de personnes ont défilé dans les rues de Genève pour dénoncer le sommet des grandes puissances qui s’ouvre à Évian. Entre slogans…

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À Genève, la colère gronde à l'ombre du G7

Dimanche, des milliers de personnes ont défilé dans les rues de Genève pour dénoncer le sommet des grandes puissances qui s’ouvre à Évian. Entre slogans anticapitalistes, drapeaux palestiniens et inquiétudes climatiques, la manifestation s’est tenue sous très haute surveillance.

Il faisait lourd sur les bords du Léman quand le cortège s’est élancé, peu après 15h30. Venus de Suisse et de France, les manifestants étaient entre 10 000 et 15 000 à défiler sous un soleil de plomb. Ils portaient des mots d’ordre variés, du féminisme à la cause kurde en passant par le climat et l’antifascisme. Derrière une immense caricature de Donald Trump aux yeux et à la bouche dégoulinants de peinture rouge, un retraité suisse de 69 ans, drapeau palestinien à l’épaule, résumait son engagement d’une voix posée. Il n’était pas content que des chefs d’État se réunissent à deux pas pour prendre des décisions qui engagent tout le monde sans que personne ne soit consulté. Une étudiante de 25 ans venue de Morges, elle, pointait du doigt la rive sud du lac. Pour elle, il fallait être là, montrer qu’on existe, pour obliger les dirigeants à changer de cap. Sinon, disait elle, on court droit vers la catastrophe.

Le rassemblement n’a pas été tout à fait pacifique. Non loin du cortège, une Tesla a soudainement pris feu. Les pompiers se sont précipités pour éteindre l’incendie, tandis que la police annonçait avoir saisi en amont des objets potentiellement dangereux, des engins pyrotechniques aux boules de pétanque en passant par des matraques et des haches. Les autorités suisses avaient pris les devants. Barrières métalliques, contrôles renforcés, jusqu’à 4 000 militaires mobilisés en renfort des forces de l’ordre. De l’autre côté de la frontière, la France déployait près de 16 000 agents autour d’Évian. Un dispositif massif qui rappelait un mauvais souvenir à Genève. En 2003, lors d’un précédent G8 dans la même station thermale, des émeutes avaient éclaté, provoquant des pillages et des affrontements avec la police. Des millions de francs de dégâts. Depuis, la ville n’a pas oublié. Cette semaine, beaucoup de commerçants ont barricadé leurs vitrines avec des plaques de bois, y compris dans les quartiers éloignés du parcours de la manif. Les hôpitaux universitaires ont même installé des tentes devant leur entrée, prêts à accueillir un afflux de blessés. Du côté des manifestants, on relativisait cette psychose. Une militante du collectif No-G7 assurait que le vrai danger, ce n’était pas la foule présente dimanche, mais les casseurs qui viendraient peut-être de l’extérieur.

Cette année, le mouvement altermondialiste français a renoncé à organiser sa propre manifestation à Annemasse, découragé par des restrictions jugées trop sévères. À Genève en revanche, un contre-sommet alternatif a eu lieu ce week-end dans des locaux associatifs. Certains participants regrettaient ouvertement que la liberté de manifester soit aussi bridée en France. Sans citer de nom, une voix s’est élevée pour dire que le pouvoir de descendre dans la rue est essentiel, et que la population française n’a pas aujourd’hui les conditions pour l’exercer dignement. Pendant ce temps, le sommet du G7 doit se tenir de lundi à mercredi. La plupart des dirigeants arriveront par l’aéroport de Genève avant d’être transférés en hélicoptère ou en convoi vers Évian. Côté suisse, 25 des 35 points de passage routiers sont fermés depuis jeudi soir. La frontière est sous contrôle. Et dans les rues de Genève, derrière les plaques de bois et les barrières, la colère, elle, ne demande qu’à rester visible.

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