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Piratage record chez Binance, Pyongyang dément et parle de « provocation politique »

Le FBI attribue le vol de 6,3 milliards de dollars sur Binance à un groupe de pirates lié au renseignement nord-coréen. La sœur de Kim Jong Un rejette ces…

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Piratage record chez Binance, Pyongyang dément et parle de « provocation politique »

Le FBI attribue le vol de 6,3 milliards de dollars sur Binance à un groupe de pirates lié au renseignement nord-coréen. La sœur de Kim Jong Un rejette ces accusations et assure que son pays combat toute cyberattaque.

Pyongyang ne veut rien entendre. La Corée du Nord a balayé d’un revers de main les conclusions de la police fédérale américaine, qui désigne une cellule de pirates nord-coréens comme l’auteure du pillage record de 6,3 milliards de dollars sur Binance, la première plateforme d’échange de cryptomonnaies au monde avec ses 335 millions d’utilisateurs. Dans un communiqué, Kim Yo Jong, la sœur influente du dirigeant Kim Jong Un, qualifie ces accusations de « rhétorique absurde n’apportant rien de nouveau ».

Le dossier n’est pas né de rien. Washington avait déjà pointé Pyongyang après le casse de Bybit en février 2025, qui représentait alors le plus gros vol informatique de l’histoire, avec 1,5 milliard de dollars de butin. Cette fois, le FBI nomme le groupe TraderTraitor, une cellule rattachée au Lazarus Group, vaste nébuleuse du cybercrime elle-même affiliée au renseignement nord-coréen. Le Lazarus Group s’est fait connaître en 2014 en piratant le studio Sony Pictures, en représailles au film satirique qui moquait Kim Jong Un.

Kim Yo Jong monte au créneau avec un vocabulaire très politique. Elle dénonce « une grave provocation politique » et accuse les États-Unis de tromper l’opinion internationale, « comme si tous les cybercrimes commis dans différentes parties du monde étaient de notre fait ». Elle y voit une tentative de nuire à l’image du pays, de « porter atteinte à sa dignité et à son prestige national », et une nouvelle violation de sa souveraineté. La même prise de parole affirme que l’exécutif nord-coréen s’oppose « résolument » à tous les actes malveillants dans le cyberespace.

Reste l’ordre de grandeur, qui explique la nervosité. Le butin de Binance pèse près d’un quart du produit intérieur brut annuel estimé de la Corée du Nord, rappelle Michael Bosack, ancien officier du Commandement des Nations unies en Corée du Sud et aujourd’hui à la tête du Parley Policy Institute. Selon lui, le démenti ne se résume pas à une question de réputation. Le gouvernement a surtout besoin de « préserver » les circuits disponibles pour continuer à blanchir et à utiliser ces cryptomonnaies. Un casse de cette ampleur pourrait aussi compliquer un éventuel sommet entre Kim Jong Un et le président américain Donald Trump, qui a multiplié les appels du pied.

À Séoul, le sujet devient un enjeu de politique intérieure. Le président sud-coréen Lee Jae Myung, qui prône l’apaisement avec le Nord, a souligné les « limites claires » des dispositifs actuels face aux menaces numériques. Il n’a pas désigné de coupable, évoquant seulement « un groupe de pirates informatiques », mais réclame un système de prévention complet pour répondre à la crise de la cybersécurité.

Derrière ces accusations, une machine de guerre numérique bien rodée. Le Bureau 121, unité nord-coréenne de cyberguerre, compterait environ 6 000 effectifs selon un rapport militaire américain de 2020, avec des opérations menées aussi depuis l’étranger, notamment le Bélarus, la Chine, l’Inde, la Malaisie ou la Russie. Le renseignement sud-coréen estimait ce nombre à 8 400 en 2024.

Cette sortie médiatique intervient au lendemain d’un nouvel essai de missiles de croisière annoncé par Pyongyang. Des projectiles qui, contrairement aux missiles balistiques, ne tombent sous le coup d’aucune sanction internationale, et dont Séoul ne signale pas systématiquement les tirs. L’essai devait servir à « perfectionner la capacité à conduire une frappe verticale contre la cible » en améliorant la maniabilité terminale du missile. L’ogive à dispersion de taille moyenne montée sur l’engin est décrite comme capable de réduire en cendres une zone de cinq à six hectares à pleine puissance. Depuis plusieurs semaines, le pays enchaîne les tests, des drones d’attaque aux missiles hypersoniques, en passant par les torpilles et les armes à fragmentation.

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