Monde
Accueil fastueux à la Maison Blanche pour Xi, qui tend la main à Trump sur l’intelligence artificielle
Le dirigeant chinois a été reçu jeudi avec des honneurs rares, lors d’une visite où il a appelé Pékin et Washington à encadrer ensemble l’intelligence…


Le dirigeant chinois a été reçu jeudi avec des honneurs rares, lors d’une visite où il a appelé Pékin et Washington à encadrer ensemble l’intelligence artificielle. Derrière les tapis rouges, les dossiers qui fâchent restent soigneusement mis de côté.
Bannières chinoises et américaines flottant dans la roseraie, fanfare en costume d’époque, démonstrations de soldats en grande tenue et survol de chasseurs, dont le fameux B-2 à la silhouette triangulaire. Donald Trump a mis les petits plats dans les grands pour recevoir Xi Jinping, allant jusqu’à venir lui serrer la main sur le tarmac mercredi, un geste que l’on ne voit quasiment jamais. Le couple présidentiel chinois et son hôte ont ensuite partagé ce décorum soigneusement orchestré, sous les yeux d’une partie du gratin économique américain.
Sur le fond, l’intelligence artificielle s’est imposée comme le sujet du jour. Le dirigeant chinois a estimé que les deux puissances avaient « les capacités et la responsabilité » de développer cette technologie en la maintenant sous « contrôle humain ». Une manière de poser Pékin en acteur raisonnable face aux dérives possibles. Donald Trump, lui, avait annoncé avant la rencontre que seraient évoqués des « sujets chauds » autour de la sécurité, de la technologie et de la « super intelligence », son expression pour désigner l’IA. Il avait aussi prévenu sur son réseau social qu’il voulait rester « exactement au stade actuel » côté régulation, une ligne qui, selon lui, rejoint celle de la Chine.
L’ambiance chaleureuse ne doit pas tromper. Les observateurs n’attendent pas de percée sur les dossiers qui fâchent. Le sommet avait déjà rempli son objectif principal la veille, avec la décision de prolonger la trêve commerciale jusqu’au 10 janvier. Pékin et Washington s’étaient entendus en octobre 2025 pour stopper l’escalade des droits de douane et des mesures restrictives. Chacun contourne donc prudemment les points de friction, du soutien chinois à l’Iran à celui des Etats-Unis à Taïwan, en passant par l’accès aux minerais stratégiques chinois ou la propriété intellectuelle.
Côté ton, les deux hommes ont joué des registres opposés. Trump a assuré avoir « forgé une amitié, vraiment une grande amitié » avec son homologue. Xi Jinping, lui, est resté à distance de cette fibre affective et a plutôt plaidé pour une ligne de conduite commune, afin d' »éviter tout conflit et toute confrontation ». Un contraste qui dit beaucoup de la manière dont chacun aborde la relation.
Le président américain arrive pourtant dans une position délicate. Sur la scène internationale, il s’enlise dans le conflit avec l’Iran. Chez lui, la flambée du prix de l’essence pèse sur sa popularité et pourrait faire perdre aux républicains le contrôle du Congrès aux législatives de novembre. Le taux des crédits immobiliers à 30 ans, les plus courants aux Etats-Unis, a franchi jeudi la barre symbolique des 7%, un plus haut depuis le début de son second mandat.
La journée se prolongeait par un dîner de gala donné par la première dame, Melania Trump, avec au menu un velouté de potiron, une fricassée de champignons, un bar grillé et un crémeux à la vanille sur frangipane. Parmi les convives, le patron d’OpenAI Sam Altman et Elon Musk. Côté symboles, Xi Jinping a annoncé l’arrivée « dans quelques jours » d’un couple de pandas géants au zoo d’Atlanta, un cadeau qui parle de diplomatie à sa manière. Il s’agit de sa première visite à la Maison Blanche depuis plus de dix ans, et de sa troisième rencontre avec Trump depuis le retour de ce dernier au pouvoir l’an dernier. Deux autres rendez-vous pourraient suivre avant la fin de l’année, au sommet de l’APEC en Chine puis au G20 en Floride.
Tout n’est pas du goût de tout le monde. Le chef des démocrates au Sénat, Chuck Schumer, a fustigé ce faste, assurant que Donald Trump éprouve une « attirance innée pour les dictateurs ». Dans le Bureau ovale, devant les photographes, le président américain s’est même répandu en éloges sur l’amabilité des journalistes chinois, alors que son administration venait tout juste de rétablir l’accès de CNN, MS Now et Politico à la Maison Blanche, après leur bannissement et une décision de justice ordonnant leur retour.
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