Économie
Une aide carburant qui laisse les métiers du soin sur le bord de la route

L’annonce gouvernementale d’un soutien aux « grands rouleurs modestes » est accueillie avec une vive défiance par les professionnels de la santé et du secteur social. Nombre d’entre eux redoutent d’être exclus du dispositif en raison de critères jugés trop restrictifs.
La mesure, présentée comme un amortisseur face à la hausse des prix des carburants, vise officiellement trois millions de salariés. Pour y prétendre, les bénéficiaires doivent appartenir à la moitié des ménages aux revenus les plus modestes et justifier d’un trajet domicile-travail d’au moins quinze kilomètres ou d’un parcours annuel de huit mille kilomètres. Le versement forfaitaire de cinquante euros par personne, étalé sur trois mois, est prévu pour le mois de juin.
Dans les faits, cette annonce suscite plus d’inquiétudes que de soulagement parmi les personnels soignants et les travailleurs sociaux. Les seuils de revenus, fixés par exemple à dix-sept mille euros nets annuels pour une personne isolée, excluraient de fait une large partie des aides-soignants, des auxiliaires de puériculture ou des aides à domicile, dont les rémunérations, bien que modestes, dépassent souvent ce plafond. Pour ceux qui seraient éligibles, l’aide calculée à environ vingt centimes par litre est perçue comme symbolique, face à des dépenses mensuelles qui ont parfois augmenté de plusieurs centaines d’euros.
La complexité et le flou des conditions d’accès alimentent également les critiques. Les organisations professionnelles pointent l’absence de précisions concernant les foyers monoparentaux ou les couples sans enfant. Pour les aides à domicile, particulièrement exposées en zone rurale, la condition kilométrique pose problème, certaines tournées étant organisées dans un périmètre restreint autour du domicile de la salariée. Le délai de versement, annoncé pour juin, est par ailleurs jugé inadapté à l’urgence de la situation actuelle.
Les infirmiers libéraux, exclus du dispositif en raison de revenus supérieurs aux plafonds, expriment une amertume particulière. Leurs représentants estiment que la profession, souvent confrontée à de longs déplacements en zones sous-dotées, est une nouvelle fois ignorée. Cette situation pourrait, selon eux, conduire à des arbitrages difficiles dans la prise en charge des patients les plus éloignés.
Alors que le gouvernement met en avant une réponse ciblée, la perception sur le terrain est celle d’une mesure au périmètre trop étroit, laissant de côté une partie significative des professionnels dont l’activité est pourtant essentiellement mobile. Le risque d’une démobilisation, voire d’un renoncement à certains postes, est évoqué par plusieurs syndicats, qui réclament des ajustements pour que le soutien réponde véritablement aux réalités du terrain.

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