Monde
La jeunesse thaïlandaise face au scepticisme politique

À la veille des législatives, le Parti du Peuple, plébiscité dans les urnes, se heurte à la crainte d’une nouvelle mise à l’écart institutionnelle. Ses soutiens, majoritairement jeunes, oscillent entre espoir et résignation.
Les électeurs thaïlandais se rendront aux urnes ce dimanche dans un climat de défiance palpable. Selon les dernières estimations, le Parti du Peuple arrive en tête des intentions de vote. Cette formation, qui porte l’héritage politique du mouvement Move Forward dissous, séduit particulièrement les moins de trente-cinq ans. Son programme, axé sur une réduction du rôle de l’armée dans la vie publique et sur des réformes sociétales, rencontre un écho important dans une partie de la population. Un développeur de logiciels de vingt-trois ans résume cet engouement en exprimant son désir de voir « de nouveaux visages » accéder aux responsabilités.
Malgré cette dynamique, une inquiétude persiste au sein même du parti et de son électorat. L’expérience récente des législatives de 2023 reste dans toutes les mémoires. À l’époque, Move Forward, arrivé en tête du scrutin, s’était vu empêcher de former un gouvernement par le Sénat, dont les membres étaient alors désignés par l’armée. La dissolution du parti et l’éviction de son leader avaient suivi, déclenchant plusieurs mois de mobilisation. Une ancienne parlementaire, âgée de trente et un ans, redoute aujourd’hui une répétition de ce scénario, estimant que les forces conservatrices « ne nous laisseront pas facilement accéder au pouvoir ».
Le paysage institutionnel a cependant évolué. Le vote pour la désignation du prochain chef du gouvernement incombe désormais exclusivement à la chambre basse du Parlement, écartant théoriquement le veto des sénateurs. Pour autant, d’autres menaces pèsent sur la stabilité du Parti du Peuple. Plusieurs de ses cadres font l’objet de poursuites judiciaires, notamment au titre de la loi très stricte sur le crime de lèse-majesté, qui peut entraîner une exclusion de la vie politique. Cette épée de Damoclès juridique nourrit le scepticisme. Une universitaire de Bangkok soulève ainsi la question de l’utilité du vote, craignant que les voix portées sur ce parti ne soient perdues si celui-ci se trouve à nouveau dans l’incapacité de gouverner.
La campagne du Parti du Peuple a su mobiliser grâce à une communication moderne, particulièrement active sur les réseaux sociaux comme TikTok, où il rassemble une audience considérable. Son principal candidat au poste de Premier ministre a assuré que « aucune action en justice » ne viendrait cette fois-ci entraver leur chemin. Pourtant, l’hypothèse d’une coalition alternative, réunissant le parti au pouvoir Bhumjaithai et le Pheu Thai, historiquement influent, est jugée plausible par les observateurs. Cette perspective inquiète une électrice de vingt-six ans, qui confie parfois se sentir découragée. « Mais je continue de croire, affirme-t-elle, qu’un jour, ce sera notre tour. » Le scrutin de dimanche constituera ainsi un test crucial, non seulement pour la popularité des idées portées par le parti, mais aussi pour la capacité du système politique thaïlandais à intégrer ses courants réformistes.

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