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Washington pousse le Canada dans ses retranchements, Ottawa cherche une riposte intelligente

L’alliance économique la plus étroite du monde a viré à l’affrontement entre un géant et un voisin bien plus petit. Mark Carney doit répondre aux coups de…

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Washington pousse le Canada dans ses retranchements, Ottawa cherche une riposte intelligente

L’alliance économique la plus étroite du monde a viré à l’affrontement entre un géant et un voisin bien plus petit. Mark Carney doit répondre aux coups de Donald Trump sans aggraver une dépendance déjà très lourde.

Ce n’est plus un partenariat, c’est une escalade. Les États-Unis ont encore haussé la pression cette semaine, et le Canada a répliqué. Pour toute réponse, Donald Trump a interdit l’entrée de certains produits canadiens et augmenté les taxes sur d’autres. Le rapport de force est pourtant très inégal. L’économie américaine pèse près de treize fois celle du Canada. La question que tout le monde se pose désormais, Drew Fagan, spécialiste des relations entre les deux pays à l’université de Toronto, la résume simplement. Que faire quand le grand costaud en face monte les enchères ?

La partie est d’autant plus compliquée que le Canada vit largement grâce au marché américain. Près des trois quarts de ses exportations traversent la frontière. Wendong Zhang, professeur d’économie appliquée à l’université Cornell, rappelle que le Canada est l’économie qui a le plus à perdre, quel que soit le scénario. Répondre de manière aveugle serait très risqué. Des représailles ciblées sur des produits qui ne touchent pas directement les consommateurs canadiens peuvent en revanche changer la donne.

Mark Carney l’a bien compris. Depuis qu’il est au pouvoir, l’ancien banquier central fait de la réorientation économique sa priorité. Son objectif est clair. Réduire la dépendance aux États-Unis en allant chercher de nouveaux débouchés ailleurs. Il veut par exemple construire un oléoduc vers le Pacifique pour vendre le pétrole canadien en Asie. Il veut aussi resserrer les liens avec l’Union européenne. La semaine prochaine, il doit d’ailleurs se rendre à Strasbourg pour écouter le discours d’Ursula von der Leyen. L’ambassadeur du Canada auprès de l’UE, Jonathan Wilkinson, assure que la relation avec l’Europe n’a jamais été aussi importante. Il voit de belles opportunités dans les minerais critiques et la défense de l’Arctique.

Reste que cette stratégie prendra du temps. Mark Carney ne le cache pas. Réorienter l’économie pour s’émanciper de Washington aura un coût économique et social. À ses yeux, le coût de l’immobilisme serait pourtant bien supérieur.

Du côté américain, tout le monde ne mord pas à pleines dents dans cette confrontation. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent compare le Canada à un roquet qui défie un berger allemand. Mais à l’approche des élections de mi-mandat, plusieurs élus républicains s’inquiètent. La sénatrice du Maine, Susan Collins, estime que l’administration Trump a largement sous-estimé l’importance du marché canadien pour les entreprises locales. Au Kansas, le sénateur Roger Marshall défend les plus de 1 200 emplois de Bombardier installés dans son État. « Je me battrai pour conserver ces emplois », prévient-il, alors que Donald Trump menace l’avionneur canadien de boycott. Preuve que la guerre commerciale finit par brûler des deux côtés de la frontière.

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