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Violences dans l’Église, fin de vie, présidentielle, le programme chargé du pape Léon XIV en France
Le pape Léon XIV entame vendredi une visite de quatre jours en France. Son séjour croise les sujets qui agitent le pays, des scandales de violences…


Le pape Léon XIV entame vendredi une visite de quatre jours en France. Son séjour croise les sujets qui agitent le pays, des scandales de violences sexuelles à la loi sur l’aide à mourir, sans oublier la campagne présidentielle et la place de la laïcité.
Du vendredi au lundi, Léon XIV parcourt la France. Un déplacement qui n’a rien d’une simple visite pastorale. Le souverain pontife débarque dans un pays où plusieurs dossiers brûlants l’attendent, et tout le monde guette la manière dont il va les aborder. Entre les révélations sur les violences au sein de l’Église, une loi toute récente sur la fin de vie, une campagne présidentielle qui démarre et une conception très particulière de la laïcité, le terrain est tout sauf neutre.
Le sujet le plus attendu reste celui des violences sexuelles. L’Église de France traverse une épreuve profonde depuis des années, et un rapport de 2021 avait chiffré à 330 000 le nombre de victimes mineures depuis 1950. Les affaires se sont enchaînées. L’abbé Pierre, longtemps figure de la défense des plus pauvres, a été accusé d’agressions multiples. Puis il y a eu Notre-Dame de Bétharram, établissement catholique des Pyrénées-Atlantiques, où de nombreuses violences physiques et sexuelles ont été révélées. Dimanche, à Lourdes, le pape doit rencontrer sept victimes, dont un ancien de Bétharram. Le format fait grincer des dents, mais il rappelle celui choisi en juin en Espagne, où il avait échangé avec six victimes et réclamé « vérité, justice et réparation » face à ce « fléau ».
Autre dossier sensible, la fin de vie. En juillet, le Parlement a voté une loi ouvrant un droit à l’aide à mourir, vivement critiquée par l’Église de France, qui y voit « une grave rupture anthropologique ». Beaucoup ont lu un clin d’œil à ce débat dans la devise du voyage, « Pour que chacun ait la vie ». Le cardinal Jean-Marc Aveline, à la tête des évêques français, a rappelé que « la défense de la dignité de la vie humaine est au cœur du message » du pape, développé dans sa première encyclique Magnifica Humanitas, avant d’ajouter une question ouverte sur la façon dont il le déclinera en France. Pour Martin Dumont, secrétaire général de l’Institut de recherche pour l’étude des religions, le pape pourrait bien aborder le sujet, mais il doute d’une prise de position frontale. Il imagine plutôt un appel à prendre soin des personnes âgées et fragiles.
La politique s’invite aussi dans le programme. À sept mois de la présidentielle, la venue d’un pape étonne, tant il est rare qu’il se rende dans un pays à l’approche d’un scrutin majeur. Le cardinal Aveline raconte volontiers avoir glissé l’idée en profitant d’un trou dans l’agenda papal. Léon XIV doit multiplier les discours, notamment devant l’Unesco et à Metz, en plein cœur de l’Europe. Certains y attendent un message contre le repli nationaliste, comme en Espagne en juin, alors que l’extrême droite semble en mesure d’accéder à l’Élysée en mai. Pour Charles Mercier, directeur d’études à l’École pratique des hautes études, en défendant la construction européenne, le pape donne déjà une couleur politique à son passage, même si aucune force ne sera nommée. L’immigration, thème récurrent de l’avant-campagne, croisera aussi sa route. Samedi, il se rend à la maison Bakhita, une association diocésaine qui accueille des migrants. Une étape courte, mais un « signal fort » selon Dumont.
Le contexte mondial n’est pas étranger à ce voyage. Léon XIV défend le droit international et s’inquiète d’un monde chahuté par la guerre en Ukraine, la progression de l’extrême droite en Europe et les décisions imprévisibles du président américain Donald Trump. François Mabille, directeur de l’Observatoire géopolitique du religieux, décrit un pape qui martèle l’importance du multilatéralisme et du rôle de l’Europe face à ce qu’il nomme les logiques d’empire, incarnées selon lui par les États-Unis, la Chine et la Russie. Le chercheur y voit une manière de manifester son intérêt pour la France, pays qui, comme le Saint-Siège, porte cette vision multilatérale.
Reste la question de la laïcité, spécificité française parfois mal comprise ailleurs. Pour couper court aux critiques, l’archevêque de Paris, Monseigneur Laurent Ulrich, a défendu la messe géante prévue place de la Concorde. La République laïque autorise l’expression publique de tous les cultes, a-t-il rappelé, à condition de ne pas troubler l’ordre public, et il exclut de franchir une ligne infranchissable. Deux associations laïques avaient attaqué en justice une subvention municipale destinée à installer des écrans géants pour l’arrivée du pape à Metz. Elles ont été déboutées.





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