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Une coutume ancestrale aux conséquences dramatiques

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Dans certaines communautés autochtones de Colombie, une pratique traditionnelle met en danger la vie et la santé des nouveau-nés, suscitant une mobilisation législative inédite.

Alejandrina Guasorna a vécu des décennies sans connaître la vérité sur son propre corps. Ce n’est qu’à un âge avancé qu’elle a appris avoir subi, le jour de sa venue au monde, une intervention aux conséquences durables. Son histoire n’est pas un cas isolé, mais reflète une réalité persistante au sein de populations indigènes, faisant de la Colombie le seul pays d’Amérique latine où cette coutume est recensée.

Dans les zones montagneuses du département de Risaralda, territoire des peuples embera, l’ablation du clitoris des petites filles demeure une pratique transmise de génération en génération. Les naissances sont souvent accompagnées de ce geste, réalisé à l’aide d’objets tranchants ou chauffés. Aucune statistique officielle ne permet d’en mesurer l’ampleur exacte, l’éloignement géographique et la loi du silence entourant le sujet compliquant tout recensement.

Les motivations invoquées par les praticiennes relèvent de croyances traditionnelles, visant notamment à prévenir un comportement jugé indésirable à l’âge adulte ou une transformation physique redoutée. Les séquelles pour les fillettes sont pourtant graves, pouvant aller des hémorragies et infections jusqu’au décès. Pour les femmes ayant subi cette intervention, la vie intime est fréquemment associée à la douleur plutôt qu’au plaisir.

Face à cette situation, un projet de loi a été déposé au Parlement colombien. Son objectif est d’interdire définitivement cette pratique, tout en privilégiant une approche pédagogique plutôt que punitive à l’égard des accoucheuses, souvent considérées comme les premières victimes d’un manque d’information. Le texte prévoit des campagnes de sensibilisation et de prévention dans les territoires concernés.

L’origine de cette coutume sur le continent américain fait débat parmi les chercheurs. L’hypothèse la plus communément avancée évoque une transmission culturelle historique, née des contacts entre populations autochtones et communautés africaines durant la période coloniale. Aujourd’hui, sous la juridiction indigène, la pratique est théoriquement sanctionnée, mais la tradition reste tenace.

La mobilisation s’organise, portée par des voix au sein même des communautés. Des dirigeantes embera plaident pour un changement venu de l’intérieur, soutenu par l’État. Elles appellent à des programmes éducatifs menés par des femmes dans les zones les plus reculées, afin de rompre le cycle de transmission sans stigmatiser celles qui perpétuent une coutume par habitude plus que par conviction. Le chemin vers l’éradication de cette pratique s’annonce long, mais un premier pas législatif est en cours.

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