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Edgar Morin, le penseur libre qui a traversé le siècle

Il avait 104 ans. Emmanuel Macron lui a rendu hommage aux Invalides, saluant un humaniste qui refusait les dogmes et les camps.

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Edgar Morin, le penseur libre qui a traversé le siècle

Il avait 104 ans. Emmanuel Macron lui a rendu hommage aux Invalides, saluant un humaniste qui refusait les dogmes et les camps.

Mercredi, la France a dit adieu à Edgar Morin dans la cour Sud du Dôme des Invalides. Un décor un peu particulier puisque les travaux empêchaient la traditionnelle cour d’honneur. Mais l’émotion était là, intacte. Devant un grand portrait du philosophe coiffé de son éternel chapeau, posé sur son cercueil, le président de la République a tracé le portrait d’un homme qui n’a jamais cessé d’avancer contre les idées toutes faites. Autour de lui, une foule de visages connus : anciens présidents, Premiers ministres, intellectuels, mais aussi le chef du gouvernement marocain. Sa femme, la philosophe Sabah Abouessalam, était présente.

Macron a rappelé le parcours hors norme de « l’enfant de Ménilmontant ». Un gamin du quartier populaire parisien, élevé dans un enseignement laïque, fier de son identité de Juif français traqué sous l’Occupation. Résistant face aux nazis, il a ensuite vécu la guerre de l’intérieur. Après le conflit, Morin est resté en Allemagne pour écrire un livre qui allait à contre-courant de l’époque. Il défendait l’idée d’une Allemagne et d’une Europe qu’il aimait, contre la haine et la vengeance. Une obstination à penser par lui-même, quitte à se tromper. Dans « Autocritique », il a raconté son exclusion du Parti communiste français et ses aveuglements face au stalinisme. Le président a salué cette capacité à « penser contre les apparences, contre les écoles, parfois contre lui-même ».

Edgar Morin n’était pas seulement philosophe. Il était aussi historien et scientifique, et il a passé sa vie à casser les cloisons entre les disciplines. Pas question pour lui de découper le savoir en petites cases. Il voulait une vision large, culturelle et scientifique, qui embrasse la complexité du monde. Sa « pensée complexe » est devenue une marque de fabrique. Macron a souligné que pour Morin, la vérité ne venait jamais d’un seul camp ou d’un seul dogme. L’engagement ne rimait pas avec l’embrigadement. Et l’avenir, selon lui, serait chaotique si l’on cédait à l’accablement ou à l’inaction. Une leçon de vie qui résonne encore. Le chef de l’État a conclu en affirmant que cette énergie française, généreuse et universelle, continuerait de renaître.

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