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Un simple débroussaillement, puis le brasier géant

Ce jour de juillet 2022, des ouvriers débroussaillaient près d’une ligne électrique. En quelques heures, un incendie historique allait forcer 220 000…

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Un simple débroussaillement, puis le brasier géant

Ce jour de juillet 2022, des ouvriers débroussaillaient près d’une ligne électrique. En quelques heures, un incendie historique allait forcer 220 000 personnes à fuir et brûler des dizaines de milliers d’hectares.

Cela devait être une opération de routine. Une équipe de nettoyage forestier travaille sur une parcelle de pinède, au nord du bassin d’Arcachon. Il est presque midi. Le chantier se déroule à proximité d’une ligne électrique gérée par un opérateur national. Les ouvriers sont en train de débroussailler quand soudain, une étincelle jaillit. En quelques secondes, le feu s’emballe. La propriétaire d’une maison voisine est prévenue. Elle arrive dix minutes plus tard et découvre deux hommes catastrophés qui tentent d’éteindre les flammes avec un extincteur. Peine perdue. Le sol est sec, les canicules se sont enchaînées, la forêt des Landes de Gascogne est une allumette prête à craquer. Les travaux étaient pourtant autorisés jusqu’à 13 heures, pour des raisons de sécurité. Mais la sécurité, ce jour-là, n’a pas suffi.

Très vite, la situation devient incontrôlable. Cinq cents pompiers sont dépêchés sur place, alors que la profession est déjà sous le choc. La veille, deux de leurs collègues ont péri dans un autre incendie près de Bordeaux. Les syndicats alertent sur des troupes lessivées. Le feu progresse à une vitesse rare, attisé par la sécheresse. À 21 heures, il a déjà dévoré 800 hectares et menace le village du Porge. La préfète ordonne les premières évacuations et interdit tout travail forestier, cette fois pour la journée entière. Mais le pire reste à venir. Pendant la nuit, le brasier triple de taille. Vingt mille personnes doivent quitter leurs campings et leurs maisons. Un drone de la gendarmerie tourne dans le ciel, diffusant un message pour les récalcitrants. Certains évacués racontent leur stupeur. Un septuagénaire du Porge explique qu’il n’avait jamais imaginé un tel risque en achetant sa maison. Sur la presqu’île du Cap Ferret, des vacanciers belges venus camper en famille voient les gendarmes toquer à chaque porte. Le feu est à cinq cents mètres. Ils attrapent quelques affaires et fuient. Des centres d’accueil ouvrent du bassin d’Arcachon jusqu’à Bordeaux. La solidarité s’organise. Un étudiant évacué plaisante en disant qu’il est mieux là qu’au camping, avec du café et du papier dans les toilettes.

Le vendredi, la situation empire encore. Quarante mille personnes doivent abandonner la presqu’île du Cap Ferret, prisée des stars, par la route ou par bateau. Du jamais-vu. Un second incendie majeur éclate à Biscarrosse, dans les Landes, dispersant les moyens de lutte. Les autorités annoncent qu’aucune victime n’est à déplorer parmi la population, grâce à l’acharnement des pompiers qui ont sauvé deux mille maisons en combattant îlot par îlot. Mais le bilan humain est lourd : 230 blessés, dont un pompier à la cheville fracturée par l’explosion d’une bouteille de gaz. Un soldat du feu confie qu’après avoir passé 24 heures sans dormir, la situation est pire qu’en 2022. Le pire est à venir. Le soir du 24 juillet, la préfète annonce que le brasier, d’ampleur inédite, se dirige vers Bordeaux. Des dizaines de milliers de nouvelles évacuations sont ordonnées aux portes de la métropole, dont l’air se charge d’une épaisse fumée. Dans les hangars du Parc des expositions, les déplacés arrivent après avoir roulé sous une pluie de cendres. Un retraité de 70 ans raconte avoir vu comme un volcan prêt à exploser. Il encaisse, philosophe. Mais la polémique enfle. Au Porge, où 183 maisons ont brûlé, certains habitants se sentent abandonnés, estimant que les efforts ont été concentrés sur le Cap Ferret. La préfète répond que sauver des vies reste la priorité. L’ogre de feu continue d’avaler des hectares : entre vendredi et dimanche, il en dévore 30 000, portant le nombre total d’évacués à 220 000. Plus de la moitié ont pu rentrer chez elles, mais l’autoroute A63 est coupée, les trains ne circulent plus.

Ce qui rend cette situation inédite, c’est aussi la météo. Pour la première fois en France, un phénomène appelé pyrocumulonimbus se forme : un orage de feu qui projette des braises à des kilomètres. Les autorités expliquent que c’est la raison de la montée en puissance rapide des évacuations. Les moyens déployés sont colossaux : jusqu’à 3 300 pompiers venus de toute la France et de l’étranger, 1 500 militaires, 1 400 forces de l’ordre, 24 avions et hélicoptères. Pour la première fois, un avion de transport militaire A400M largue du produit retardant. Des agriculteurs et des habitants participent aussi à la lutte, aménageant près de 130 kilomètres de pare-feux. Mais éteindre complètement le brasier prendra des mois, car les braises peuvent couver longtemps en sous-sol. Le président de la République, venu à Bordeaux, appelle à rebâtir une forêt différente face au changement climatique. Un maire évacué déclare que ce qui brûle n’est pas seulement une forêt, mais une manière d’habiter le territoire qui n’est plus possible. Une photo prise par un photographe fait le tour du monde : on y voit un couple de vacanciers installé sous un parasol, contemplant au loin le gigantesque panache de fumée dont l’odeur a envahi tout le pays.

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