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Un fonds climatique pour les Tuvalu investit dans les énergies fossiles

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Un fonds fiduciaire destiné à soutenir un archipel du Pacifique gravement menacé par le réchauffement climatique a placé des capitaux dans des mines de charbon, des projets d’exploration gazière et la plus grande raffinerie de pétrole du monde.

L’archipel des Tuvalu, situé entre l’Australie et Hawaï, subit de plein fouet les conséquences du dérèglement climatique. Ses atolls de faible altitude sont confrontés à l’élévation du niveau de la mer, à l’acidification des océans et à la propagation de maladies tropicales. « Le principal changement que nous observons, c’est la montée des eaux. De nouvelles zones sont désormais inondées ou submergées », témoigne Richard Gokrun, militant écologiste local. L’économie fragile de ce pays dépend d’un fonds fiduciaire gouvernemental destiné à financer les coûts croissants liés à la crise climatique. Pourtant, la gestion de cet actif principal, confiée à la société de conseil américaine Mercer, a conduit à des investissements dans des fonds détenant des participations dans de grandes entreprises du secteur des combustibles fossiles, selon des documents financiers et des rapports gouvernementaux consultés par l’AFP.

Face à ces révélations, les autorités tuvaluanes ont annoncé un réexamen de « l’exposition aux combustibles fossiles » de ce fonds de 200 millions de dollars. Pour Richard Gokrun, il est « vraiment choquant » de voir cette nation liée de la sorte aux industries polluantes. « Nous défendons fermement l’abandon progressif des énergies fossiles, car nous en voyons les conséquences sur notre territoire », a-t-il déclaré depuis la capitale Funafuti. Le Tuvalu Trust Fund, créé en 1987 avec le soutien de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande et du Royaume-Uni, fournit des revenus essentiels à ce pays dépendant de l’aide extérieure. Mercer en a repris la gestion en 2022.

Les objectifs d’investissement du fonds stipulent pourtant clairement que les Tuvalu, particulièrement vulnérables au changement climatique, doivent voir cette réalité prise en compte dans la stratégie financière. Le document précise que le fonds doit, autant que possible, réduire son exposition aux « réserves de combustibles fossiles et aux émissions de carbone ». Dans un rapport trimestriel daté de septembre 2025, Mercer a investi l’argent des Tuvalu dans des fonds spécialisés dans les actions australiennes, internationales ou les marchés émergents. L’analyse des dix participations les plus importantes pour quatorze fonds Mercer détenus par les Tuvalu révèle des placements dans le conglomérat indien Reliance Industries, propriétaire du complexe pétrochimique de Jamnagar, la plus grande raffinerie de pétrole brut au monde.

Les investissements incluent également des fonds gérés par Mercer qui détiennent des parts dans les entreprises de services publics américaines The Southern Company et Duke Energy, respectivement deuxième et troisième plus grands émetteurs de gaz à effet de serre aux États-Unis selon le Political Economy Research Institute. La Southern Company a notamment versé 60 millions de dollars à des groupes impliqués dans des campagnes de désinformation sur le climat entre 1993 et 2004, selon un rapport de l’Energy and Policy Institute. Par ailleurs, Mercer a placé l’argent des Tuvalu dans des fonds investis dans le géant minier Rio Tinto et dans le groupe pétrolier et gazier Woodside Energy, classé parmi les dix plus grands émetteurs de gaz à effet de serre d’Australie.

Ces placements dans Woodside sont particulièrement sensibles pour les Tuvalu, qui avaient exhorté l’Australie à rejeter, en 2025, une prolongation de 40 ans du projet gazier North West Shelf. Le ministre du Climat, Maina Talia, avait alors prévenu que les émissions de ce projet menaceraient « la survie » de l’archipel. Environ 12% du Tuvalu Trust Fund, soit 25 millions de dollars, sont investis dans le fonds d’actions australiennes de Mercer, dont la principale participation est dans BHP, le plus grand groupe minier mondial. Bien que BHP se soit désengagé du charbon thermique, il conserve des parts dans des mines australiennes qui extraient ce combustible pour la fabrication de l’acier.

Cette année, les Tuvalu organiseront un sommet spécial avant la COP31, une opportunité rare de visibilité internationale pour montrer les effets du changement climatique sur la région. L’archipel espère y trouver de « nouveaux contributeurs » pour son fonds fiduciaire. Son Premier ministre, Feleti Teo, estime qu’« ouvrir, subventionner et exporter des combustibles fossiles est immoral et inacceptable ». « Pour le dire clairement, c’est une condamnation à mort pour nous si les grandes nations continuent d’ouvrir de nouveaux projets liés aux énergies fossiles », a-t-il déclaré en 2024.

Pour Sebastian Gehricke, expert en finance climatique à l’université d’Otago, les investissements de Mercer témoignent d’« une quasi-absence de prise en compte formelle du changement climatique ». Ivan Diaz-Rainey, professeur de finance à l’université Griffith en Australie, estime que ces révélations « justifient clairement une enquête plus approfondie » et appelle à « une publication complète des participations et un compte rendu clair des mesures prises pour mettre en œuvre les engagements climatiques du fonds ». Une porte-parole a indiqué que le Tuvalu Trust Fund allait réexaminer son exposition aux combustibles fossiles à la lumière de ces informations, réaffirmant la volonté de minimiser l’exposition du fonds aux réserves fossiles et aux émissions de carbone. Mercer, de son côté, a refusé de commenter les portefeuilles d’investissement de ses clients.

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