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Un dernier hommage sur mesure pour les morts oubliés de Lyon

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Chaque année, un collectif de bénévoles veille à ce que les personnes décédées sans famille ni proches ne soient pas inhumées dans l’anonymat le plus total.

À Lyon, un après-midi de mai, une poignée de retraités et d’actifs se rassemblent sous les platanes du cimetière de la Guillotière. Ils attendent le corbillard qui transporte la dépouille de Severino Portos Sande, un homme de 87 ans mort seul dans son appartement durant l’hiver. Fumeur invétéré et matinal, il menait une existence discrète que personne n’avait vraiment connue de son vivant. Pourtant, ces inconnus sont venus lui rendre un dernier hommage.

Geneviève, 75 ans, a fondé le collectif des Morts sans toi(t) en 2003, alors qu’elle était adjointe au service funéraire de la ville. Depuis sa retraite, elle y consacre tout son temps. Le groupe, qui compte une centaine de membres, suit entre cinquante et cent enterrements ou crémations par an. « L’essentiel, c’est qu’ils ne partent pas seuls », explique-t-elle d’une voix rauque. « Partir seul, ce n’est pas digne. Même les animaux ont droit à des rituels. »

Avant la mise en terre dans le carré commun où reposent les indigents et ceux sans famille, les bénévoles se placent autour du cercueil en pin. La gerbe de fleurs, la concession et les frais funéraires sont pris en charge par le collectif. Geneviève sort son téléphone et lance une chanson espagnole, « ¿Porqué te vas? », en clin d’œil aux origines du défunt. Mina, Nicole, Pascal et Arielle prennent ensuite la parole pour lire un discours ou un poème écrit en son honneur.

Mina, employée dans les ressources humaines, mène toujours une enquête discrète pour personnaliser les obsèques. Pour Severino, elle a appris qu’il était profondément sourd et qu’il se rendait chaque matin au tabac du coin pour acheter des cigarettes. Parfois, elle retrouve des proches, comme récemment pour un Guinéen inhumé à Lyon en visioconférence avec sa famille restée au pays. Si nécessaire, elle fournit aussi des vêtements au défunt. « Comme ça, personne ne part dans un sac plastique », dit-elle.

Parmi les personnes inhumées, il y a des anonymes, des sans-abri accompagnés par leurs camarades de rue, un jeune migrant retrouvé dans la Saône, un bébé abandonné. Certaines tombes portent une plaque gravée, d’autres non. « Souvent, ceux retrouvés dans l’eau sont trop décomposés pour être identifiés », précise Mina.

Les retraités offrent leur temps, mais les actifs aussi. Arielle, communicante de 59 ans, utilise ses congés pour assister à la cérémonie laïque. Pascal, 64 ans, a posé une demi-journée de RTT. « Parce que c’est noble », estime ce catholique pratiquant. « Les années où il y a beaucoup de décès, cela finit en congés sans solde », ajoute Mina.

Quelques initiatives similaires existent ailleurs en France, comme à Marseille. Sous les yeux des chats qui rôdent dans le cimetière, le cercueil est descendu lentement. Geneviève s’incline et jette une poignée de terre. Nicole dépose un pissenlit. Pascal esquisse un signe de croix et murmure une prière. Mina s’adresse au défunt : « Bon voyage Severino, ils t’attendent sûrement pour l’apéro. »

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