Monde
Trump met la main sur la grande fête américaine et les allées se vident
La foire géante prévue pour les 250 ans de l’indépendance devait unir les États-Unis autour de leur histoire. Mais depuis que Donald Trump en a repris les…


La foire géante prévue pour les 250 ans de l’indépendance devait unir les États-Unis autour de leur histoire. Mais depuis que Donald Trump en a repris les rênes, l’événement se transforme en miroir des fractures du pays, entre stands désertés et ambiance clivée.
À Washington, sous un soleil écrasant, la « Great American State Fair » peine à faire le plein. Quelques visiteurs déambulent entre les pavillons, là où les organisateurs espéraient une foule « épaule contre épaule ». Parmi eux, Rhonda Smith, ancienne combattante de 42 ans, ne cache pas son enthousiasme. « C’est l’occasion d’une vie, soutenir notre président et l’embellissement de la capitale », lance-t-elle devant le pavillon Innovation. Mais à quelques mètres de là, Jesse, thérapeute de 50 ans arborant un t-shirt « Protégez les jeunes trans », voit les choses d’un tout autre œil. « Dès que Trump touche un truc, il le politise et le centre sur lui. C’est pour ça qu’il n’y a personne aujourd’hui. » La foire était pourtant née d’une idée bipartisane il y a plusieurs années, portée par le groupe « America 250 » associant députés républicains et démocrates. Le but ? Célébrer la culture, l’innovation et les figures qui ont bâti l’Amérique. Mais le projet a glissé vers « Freedom 250 », un partenariat public-privé piloté par l’équipe de Donald Trump, qui a repris l’organisation.
Résultat : la fête patriotique tourne au champ de bataille politique. Sur les 56 stands prévus pour chaque État et territoire américain, plusieurs sont quasi vides. Le Massachusetts et la Caroline du Nord ont officiellement décliné l’invitation. Ce qui reste donne une vitrine très orientée : le ministère de la Défense trône avec une bannière « Guerre » et des enfants essaient des gilets pare-balles. Dans un autre pavillon, les images d’un nouveau passeport américain en édition limitée défilent, orné du visage de Trump. Et au centre de l’espace, une réplique de l’Arc de triomphe parisien, voulue par le président lui-même, domine le site. « C’est un peu exagéré », souffle Gary Freyer, 76 ans, pourtant soutien de Trump. Il voit là « un moyen pour le président qu’on se souvienne de lui ». Même les attractions classiques – grande roue, rodéo, scènes musicales – ne suffisent pas à donner de l’épaisseur à l’événement. Jesse et d’autres regrettent l’absence de dimension éducative.
Pourtant, certains visiteurs apprécient le décorum. Laura Rodriguez, robe aux couleurs de l’Amérique, remercie pour ces expositions « propres et brillantes ». Interrogée sur le faible nombre de participants, elle relativise : « Je n’aime pas les endroits trop bondés. » À la sortie d’un chapiteau d’évangélisation, un homme propose de prier pour les passants. Le Hillsdale College, un établissement privé chrétien influent dans les cercles conservateurs, tient aussi un stand très fréquenté. Ce que la foire gagne en ferveur politique, elle le perd en rassemblement national. Au lieu d’une célébration commune, elle devient une vitrine des divisions américaines, où chaque camp vient défendre sa vision du pays.
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