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Yvette Roudy, la ministre qui voulait que son ministère disparaisse, est morte

Première à porter le titre de ministre des Droits de la femme, Yvette Roudy est morte. Elle laisse des lois qui ont changé le quotidien des femmes.

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Yvette Roudy, la ministre qui voulait que son ministère disparaisse, est morte

Première à porter le titre de ministre des Droits de la femme, Yvette Roudy est morte. Elle laisse des lois qui ont changé le quotidien des femmes.

Elle ne voulait pas d’un ministère éternel. Quand la gauche arrive au pouvoir en 1981, la voilà nommée ministre déléguée aux Droits de la femme, à 52 ans. Sa mission, elle la résume d’une formule. Travailler à sa propre disparition. Une manière de dire que son poste ne devrait plus exister une fois l’égalité atteinte. Cette autodidacte issue d’un milieu ouvrier de Pessac, en Gironde, a commencé à 17 ans comme secrétaire, tout en prenant des cours du soir. Son père, décrit comme très autoritaire et passablement machiste, l’a poussée à s’engager. Le féminisme et le socialisme sont devenus pour elle des combats indissociables, complémentaires.

Son parcours est hors normes. Elle signe le manifeste des 343 femmes pour le droit à l’avortement en 1971. Elle traduit un ouvrage majeur de la féministe américaine Betty Friedan, après avoir rencontré Colette Audry. La politique la rattrape. Elle rejoint le mouvement de François Mitterrand, puis le Parti socialiste, où elle avoue se sentir parfois comme un canard dans une couvée de cygnes. En 1979, elle entre au Parlement de Strasbourg et fait la connaissance de Simone Veil. Cette dernière dira plus tard qu’Yvette Roudy peut sembler trop engagée, voire sectaire, mais que ce combat exige justement une telle obstination.

Au gouvernement, elle marque les esprits. Le remboursement de l’IVG, c’est elle. La loi de 1983 sur l’égalité professionnelle, aussi, avec son nom gravé dans le texte. Sa tentative de loi anti-sexiste, en revanche, capote. Les publicitaires la traitent d’ayatollah, et même des socialistes s’y opposent. Cette loi visait à punir les atteintes à la dignité des femmes, comme cette affiche de Grace Jones nue à quatre pattes dans une cage. Le ciel des machos lui tombera sur la tête, écrira-t-elle plus tard. Elle lance également une commission pour la féminisation des noms, ce qui provoque les foudres de l’Académie française. Peu importe, elle rappelle que deux mille ans de machisme ne s’effacent pas en cinquante ans de lutte.

Elle ne s’arrête jamais. Députée du Calvados, maire de Lisieux pendant douze ans, elle signe en 1996 un appel pour la parité avec d’anciennes ministres de droite et de gauche, dont Simone Veil et Edith Cresson. On la voit encore dans les manifestations pour les droits des femmes à un âge avancé. Son dernier livre, publié en mars 2020, porte un titre qui résume tout. Lutter toujours. C’est exactement ce qu’elle a fait.

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