Politique
Sur la frontière nord, l’Ukraine retient son souffle
Sur les berges du Dniepr, les gardes-frontière ukrainiens surveillent le moindre mouvement venu du Bélarus. Deux ans après l’invasion, la crainte d’une…

Sur les berges du Dniepr, les gardes-frontière ukrainiens surveillent le moindre mouvement venu du Bélarus. Deux ans après l’invasion, la crainte d’une nouvelle offensive depuis le nord reste vive.
La route se termine en pointillés. Le pont a sauté, il ne reste qu’un trou dans le bitume et, au-delà, le Dniepr coule en silence. De l’autre côté, le Bélarus. Un militaire, dont le surnom signifie « frère », vérifie son arme en observant la rive adverse. Il dit savoir que des caméras les filment en face, mais pour l’instant tout est calme. Trop calme peut-être. L’Ukraine a multiplié les alertes ces derniers mois, redoutant que Moscou n’utilise le territoire bélarusse pour lancer une nouvelle poussée vers Kiev, comme en février 2022. Ce jour-là, les troupes russes avaient bombardé ce même poste-frontière pour ouvrir la voie à leurs blindés. Depuis, les soldats ukrainiens ont fait sauter le pont pour couper la route. Les stigmates restent bien visibles.
En mai dernier, des exercices militaires conjoints entre la Russie et la Biélorussie ont impliqué des forces nucléaires. Volodymyr Zelensky a immédiatement ordonné un renforcement de la sécurité à la frontière nord. Pourtant, sur le terrain, les gardes ne constatent rien d’anormal. Pas de troupes massées, pas de matériel repéré. Juste les panneaux rouillés qui grincent au vent et des barbelés à perte de vue. Sous un arbre, deux soldats scrutent l’écran d’un drone de surveillance. Sur le fleuve, des barques à moteur bélarusses patrouillent sans jamais franchir la ligne. Les drones des deux camps se surveillent mutuellement mais restent chacun chez soi. « Peut-être que quelque chose se prépare à l’intérieur du Bélarus, explique l’un des gardes, mais nous ne voyons rien. » Le chant du coucou et le bruit d’un tracteur sont les seuls sons qui traversent la forêt.
Les analystes jugent peu probable une nouvelle offensive terrestre depuis cette zone, faute de réserves suffisantes côté russe. Mais en 2022, l’invasion était elle aussi considérée comme improbable. Alors les préparatifs continuent. Des pelleteuses blindées creusent des tranchées le long de la route qui mène à Tcherniguiv. Des filets antidrones recouvrent désormais les points de contrôle, une protection habituellement réservée aux zones de combat. Dans le centre-ville, les terrasses de café sont pleines et le parc est ensoleillé. Pourtant, Olga Vassylenko promène son fils sans être tout à fait tranquille. Elle se souvient de l’occupation russe dans la région. Son sac d’évacuation est déjà prêt, comme au début de la guerre. « Il faut se préparer, dit-elle, et faire confiance à nos soldats. » Mais personne ici n’exclut que l’histoire se répète.
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