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Sous les bombes, elle écrit des haïkus pour le Japon

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Vladislava Simonova compose des poèmes de 17 syllabes dans un abri antiaérien à Kharkiv. Aujourd’hui reconnue au Japon mais presque inconnue chez elle, cette Ukrainienne de 27 ans mêle guerre et cerisiers dans ses vers.

Depuis son appartement à Poltava, Vladislava Simonova vit à 7 800 kilomètres d’un pays qu’elle n’a jamais visité. Le Japon. Pourtant, ses poèmes y sont publiés, lus, célébrés. Chez elle, en Ukraine, personne ne connaît son nom. La jeune femme aux cheveux roses et au pull fuchsia raconte son quotidien étrange. Dans le ciel, le bruit d’un drone la fait frémir. Au loin, une explosion retentit au moment même où elle prononce le mot explosion. Elle parle des bombardements russes qui terrorisent le pays. Dans sa chambre, une étagère mélange quinze livres de poètes ukrainiens, deux théières japonaises, trois icônes religieuses et une figurine de Phoebe Buffay. La guerre est entrée dans les détails les plus infimes de sa vie.

Vladislava a découvert les haïkus à l’hôpital, adolescente. Elle souffre d’une grave maladie cardiaque et lisait une anthologie qui contenait aussi des poèmes perses. Pendant des années, elle a étudié les maîtres japonais Basho, Buson et Issa. Elle a écrit plus de six cents haïkus. En 2018, elle a même remporté un concours organisé par une maison d’édition japonaise. Quand l’invasion massive a commencé en février 2022, elle vivait à Kharkiv. Pendant trois mois, elle a survécu dans un abri souterrain tandis que l’armée russe bombardait la ville. C’est là qu’elle a continué d’écrire. Ses poèmes parlent désormais d’explosions qui remplacent l’orage, d’abeilles sourdes aux sirènes, de fleurs de tilleul qui persistent.

En mars 2022, depuis son abri, elle a donné une interview par écrit au journal Asahi Shimbun. Une poétesse japonaise renommée, Mayuzumi Madoka, l’a alors contactée. Cette dernière loue sa profonde compréhension de l’essence du haïku et son optimisme malgré des thèmes sombres. Avec une dizaine de personnes, elles ont traduit et publié son premier recueil au Japon en 2023. Le livre a reçu de grands éloges. Mayuzumi Madoka rappelle que les Japonais ont aussi composé des haïkus après les bombardements nucléaires de 1945 et le tsunami de 2011. En août 2022, l’abri où Vladislava avait vécu à Kharkiv a été anéanti par une frappe russe. Elle est partie vivre à Poltava. En 2024, elle a publié un deuxième recueil au Japon, puis un autre au Danemark en 2026. Elle rêve d’en publier un en Ukraine. Avant la guerre, elle écrivait en russe. Elle est passée à l’ukrainien, ce qui a posé des problèmes de traduction complexes.

Par un froid dimanche de printemps, Vladislava propose d’aller au parc. Son ascenseur est en panne. Elle descend les escaliers de son immeuble soviétique et s’installe sur la branche d’un arbre près d’un étang aux reflets d’acier. Pour la première fois, elle lit ses poèmes à voix haute en public. Elle prononce chaque poème deux fois. Le premier est pour ses amis disparus. Il parle de fleurs de cerisiers qui partent au vent. Le deuxième évoque un souvenir de Kharkiv, les débris d’une roquette serrés dans la main. Le troisième interroge le ciel d’où viennent les missiles. Ses vers, simples et déchirants, portent la guerre et la beauté ensemble. Comme elle le dit, des détails infimes peuvent mieux transmettre la tragédie de cette grande guerre que de longs discours.

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