News
Sous la canicule, la prison de Villepinte suffoque derrière ses murs surpeuplés
Dans le centre pénitentiaire de Seine-Saint-Denis, la chaleur accable les détenus contraints de vivre à trois dans des cellules de neuf mètres carrés. Une visite inopinée d’une élue a mis en lumière des conditions jugées indignes.
Dans les coursives de l’établissement, l’air est lourd et moite. Des serviettes humides pendent aux fenêtres grillagées, tentant de rafraîchir l’atmosphère. Des ventilateurs tournent sans relâche, brassant un air chaud et confiné. Pour les détenus, vivre cet épisode caniculaire dans des cellules conçues pour une personne, mais où ils sont souvent trois, relève de l’insupportable. « C’est inhumain », résume l’un d’eux.
Une parlementaire de gauche s’est rendue sur place vendredi après-midi pour constater la situation. Dès son arrivée, elle croise un jeune mineur victime d’un malaise dans la cour de promenade, évacué en fauteuil roulant. À l’intérieur, la promiscuité exacerbe les tensions. Un adolescent incarcéré depuis quatorze mois témoigne : « La nuit, il fait chaud, les moustiques entrent même si je fabrique une moustiquaire avec un sac à linge. Tout le monde crie aux barreaux. Avec la chaleur, les nerfs lâchent plus vite. »
Si les mineurs bénéficient encore de cellules individuelles, les adultes subissent une cohabitation forcée. La capacité officielle de la prison est de sept cent trois places, mais plus de treize cents détenus y étaient recensés le jour de la visite. Cette surpopulation contraint près de deux cents prisonniers à dormir sur des matelas posés à même le sol ou sur des sommiers de fortune. Un jeune de vingt ans, installé depuis un an sur une étagère renversée entourée de packs d’eau, affiche un sourire amer. « Je suis comme ça depuis un an », confie-t-il.
Dans ces espaces exigus aux murs écaillés, les détenus tentent de tromper l’ennui devant des écrans qui diffusent en boucle les informations sur la canicule à l’extérieur. L’un d’eux déplore un droit aux douches limité à trois par semaine, les lundis, mercredis et vendredis. « C’est la conséquence directe du manque de place », explique-t-il, sidéré par l’absence d’accès plus fréquents. Les sanitaires, aux plafonds et murs dégradés, ajoutent à la vétusté des lieux. « Je ne nie pas l’utilité de la prison, mais au moins qu’on nous mette dans des conditions décentes », lance un détenu. Sa réflexion l’amène à comparer son sort à celui de personnalités politiques incarcérées par le passé. « Je n’ai pas l’impression qu’ils avaient les mêmes conditions », remarque-t-il.
L’attente du procès, dans cette atmosphère étouffante, est vécue comme une double peine. « Si on est entassés à trois, c’est à cause d’une justice trop lente », estime un trentenaire. Son voisin plaide pour des alternatives comme les bracelets électroniques ou l’éloignement géographique. Les agents pénitentiaires, équipés de gilets pare-balles, souffrent aussi de la chaleur. Une agente raconte avoir arrêté un jeune qui sortait sans bouteille d’eau ni casquette : « On fait attention aux vulnérables, aux personnes âgées. On leur donne des bouteilles d’eau. »
Dans les couloirs, des portraits graffés de personnalités comme Samuel Paty ou Victor Hugo tentent d’adoucir l’austérité des lieux, imprégnés d’une forte odeur de cuisine. L’établissement, construit à proximité de l’autoroute, a inauguré en 2017 un module baptisé « Respect », inspiré d’un modèle espagnol. Dans cette unité, les prisonniers circulent librement et ont accès aux douches sans restriction, un avantage précieux en période de canicule. Pourtant, un détenu relativise : « Comme c’est une vieille prison, l’eau est froide en hiver et brûlante en été. » Même avec la clé laissée sur la porte, le confinement pèse. « À deux, c’est gérable, mais à trois, c’est inhumain », ajoute un quinquagénaire.
La parlementaire, dénonçant un bâti « complètement obsolète et insalubre », a estimé que cette situation n’est pas acceptable en démocratie. Le directeur de la prison, qui l’a accompagnée durant plus de deux heures, a acquiescé sans commentaire. Des observateurs internationaux ont récemment alerté sur la surpopulation carcérale en France, la jugeant contraire aux droits fondamentaux et potentiellement constitutive de traitements inhumains ou dégradants. Au début du mois de mai, le nombre de détenus dans le pays a atteint un nouveau record, avec plus de quatre-vingt-huit mille six cents personnes incarcérées.
-
Faits DiversEn Ligne 7 joursUn colis commandé en ligne livre une surprise inattendue dans le Tarn-et-Garonne
-
CultureEn Ligne 7 joursCoward : deux jeunes acteurs sacrés ensemble à Cannes
-
SportsEn Ligne 4 joursLe triomphe amer de Narbonne : une montée en Pro D2 sous le signe des rancœurs
-
Faits DiversEn Ligne 2 joursUne adolescente de 16 ans fauchée par un camion-toupie à Alfortville
-
NewsEn Ligne 7 joursÉcole, salaires, frontières et IA : les quatre piliers du programme présidentiel de Gabriel Attal
-
PolitiqueEn Ligne 6 joursVillepin étrille la candidature d’Attal à l’Élysée
-
SportsEn Ligne 2 joursDavide Ancelotti, nouvel homme fort du LOSC ?
-
Faits DiversEn Ligne 4 joursUn suspect livre ses certitudes sur l’affaire Émile