Monde
Soudan, trois ans de conflit : une nation exsangue face à l’indifférence
Alors que la guerre entre l’armée régulière et les milices paramilitaires entre dans sa quatrième année, une conférence internationale s’ouvre à Berlin pour tenter de relancer un processus de paix moribond et répondre à une catastrophe humanitaire d’une ampleur vertigineuse.
Le conflit qui déchire le Soudan depuis avril 2023 a profondément altéré le tissu social et économique du pays. Des millions de personnes ont été contraintes de fuir leurs foyers, portant à près de onze millions le nombre de déplacés. La majorité de la population est désormais plongée dans une pauvreté extrême, tandis que l’insécurité alimentaire atteint des niveaux critiques. Les Nations unies qualifient la situation de pire crise humanitaire au monde.
À l’occasion de ce sombre anniversaire, la communauté internationale se réunit dans la capitale allemande. L’objectif affiché est double. Il s’agit à la fois de relancer des négociations de paix au point mort et de mobiliser des fonds d’urgence pour une aide humanitaire dramatiquement sous-financée. Les principaux belligérants, l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide, ne sont cependant pas conviés à cette table.
Les précédentes initiatives diplomatiques, portées notamment par un groupe de pays incluant les États-Unis et l’Arabie saoudite, n’ont jusqu’à présent donné aucun résultat tangible. Les combats se poursuivent, alimentés par des soutiens étrangers régionaux. Chaque camp continue de revendiquer la souveraineté sur des territoires clés de ce vaste pays d’Afrique, le troisième par sa superficie.
Sur le terrain, le bilan est accablant. Les pertes civiles se comptent par dizaines de milliers. Les frappes aériennes et les violences ciblées, notamment dans les régions du Kordofan du Sud et du Nil Bleu, n’ont pas cessé. Les organisations humanitaires dénoncent un cycle implacable de déplacements forcés, de morts et d’atrocités, dont des violences sexuelles systématiques.
Certains signes de normalisation timide sont observables à Khartoum, reprise par l’armée l’année dernière. Des commerces ont rouvert et une partie de la population est revenue. Mais cette apparente accalmie reste précaire. La capitale est jonchée de restes explosifs de guerre et les stigmates des combats sont omniprésents, rappelant l’immensité des travaux de reconstruction à venir.
La conférence de Berlin intervient dans un contexte d’attention internationale distraite par d’autres crises mondiales. Les donateurs peinent à répondre à l’appel de fonds des agences onusiennes, qui n’est couvert qu’à hauteur de seize pour cent. Pendant ce temps, la menace d’une famine généralisée plane sur plusieurs régions, déjà officiellement déclarées en état de catastrophe alimentaire.
Les observateurs restent prudents quant aux perspectives de paix. L’implication de multiples acteurs extérieurs et l’absence de volonté politique des parties en conflit laissent peu d’espoir de voir émerger une solution durable à court terme. Pour des millions de Soudanais, l’épuisement et la lutte quotidienne pour la survie demeurent la seule réalité tangible.
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