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Sans immigrés, les hôpitaux suisses menacent de craquer

Le 14 juin, la Suisse vote sur une initiative qui pourrait limiter l’immigration. Pour les hôpitaux et les maisons de retraite, déjà en pénurie de…

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Sans immigrés, les hôpitaux suisses menacent de craquer

Le 14 juin, la Suisse vote sur une initiative qui pourrait limiter l’immigration. Pour les hôpitaux et les maisons de retraite, déjà en pénurie de personnel, c’est une menace existentielle.

Dans un établissement médico-social de Cheseaux-sur-Lausanne, Marcelle Mivelaz souffle ses 80 bougies entourée d’amis. Autour d’elle, infirmiers et éducateurs veillent au bon déroulement de la journée. Beaucoup d’entre eux sont étrangers. Une réalité devenue banale dans le système de santé suisse. Christian Weiler, directeur d’une fondation qui gère plusieurs structures pour personnes âgées, donne un chiffre qui en dit long. Sur ses 240 collaborateurs, près de 80% viennent d’ailleurs. « Si on les empêche de venir, on ne peut plus tourner », résume-t-il. Carine Savioz, infirmière suisse sur place, prévient sans détour : sans assez de soignants, le système court à la catastrophe. Une résidente de 81 ans, Marie-Thérèse Barraz, s’inquiète aussi. Pour elle, il faut du respect envers ces personnes qui s’occupent des aînés.

L’initiative en question s’appelle « Pas de Suisse à 10 millions ». Portée par l’Union démocratique du centre (UDC), elle demande au gouvernement de limiter l’immigration pour que la population ne dépasse pas les 10 millions d’habitants avant 2050. Aujourd’hui, le pays compte déjà 9,1 millions d’habitants. Les milieux économiques et de la santé jugent le seuil irréaliste. Un large comité d’acteurs du secteur, incluant l’association nationale des hôpitaux et des cliniques ainsi que celle des infirmières, a été formé pour dénoncer ce qu’ils appellent « l’initiative du chaos ». Leur crainte est simple : si les services manquent de personnel ou doivent embaucher moins qualifié, le risque de mortalité augmente, surtout aux urgences.

Le problème ne date pas d’hier. La Suisse forme trop peu de médecins et d’infirmiers pour ses besoins. Chaque année, les universités délivrent entre 1 200 et 1 300 diplômes de médecine. Il en faudrait 3 500 à 4 000. Résultat, 43% des médecins en activité sont diplômés à l’étranger, et cette part ne cesse de grimper. Aux Hôpitaux universitaires de Genève, le plus grand du pays, près d’un employé sur deux est étranger. Dans les soins infirmiers, la proportion atteint 60%. La directrice des soins estime qu’il faudrait recruter 200 à 300 infirmiers par an, alors que la haute école de santé du canton n’en forme que 150 à 160. L’UDC rétorque qu’il faut former davantage de Suisses et que son projet autorise encore 40 000 entrées par an. Mais pour les soignants, c’est loin d’être suffisant. Le directeur de la fondation le dit clairement : 240 personnes attendent déjà une place dans sa région. Sans solution, elles finiront à l’hôpital, saturant un système déjà sous pression.

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