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Économie

Rumilly sous le signe des polluants éternels

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À Rumilly, en Haute-Savoie, la découverte de concentrations élevées de PFAS dans l’environnement suscite une inquiétude croissante parmi les habitants et les élus, confrontés à une contamination aux contours encore flous.

Les substances per- et polyfluoroalkylées, connues pour leur résistance exceptionnelle à la dégradation, ont été détectées fin avril dans l’atmosphère autour du site de Tefal, un fabricant d’ustensiles de cuisine employant 1 600 personnes. Cette révélation fait suite à des analyses précédentes portant sur l’eau et les boues d’épuration. La préfecture a demandé à l’entreprise, filiale du groupe Seb, de préciser l’ampleur de ces rejets et de soumettre un plan d’action d’ici la fin de l’année.

Dès la fin décembre, les autorités sanitaires avaient recommandé de ne plus consommer les œufs issus de poulaillers privés à Rumilly et dans sept communes avoisinantes. Depuis, l’association Agir Ensemble pour Rumilly et l’Albanais reçoit des demandes d’analyses sanguines de la part d’habitants soucieux de connaître leur éventuelle exposition. Son coprésident, Virgile Benoit, reconnaît ne pas disposer de toutes les réponses, faute de compétences médicales spécialisées.

Les consignes officielles incluent également l’évitement des fruits et légumes cultivés dans les potagers d’un périmètre restreint, ainsi que la consommation de poissons pêchés dans deux cours d’eau voisins. Marie-Claude Bal, également coprésidente de l’association, évoque un sentiment d’anxiété et un préjudice moral chez les résidents.

La prise de conscience remonte à l’automne 2022, lorsque des PFAS ont été découverts dans la vallée de la chimie, au sud de Lyon. Les autorités régionales ont alors intensifié les investigations sur leur territoire. Rumilly, une ville de 33 000 habitants située aux portes du massif des Bauges, s’est révélée particulièrement touchée. Cinq sources potentielles ont été identifiées : le site Tefal, une ancienne usine de skis Salomon fermée depuis 2009, une tannerie arrêtée en 2015, et deux décharges publiques désaffectées, selon l’Agence régionale de santé.

Seul site encore en activité, Tefal a cessé d’utiliser le PFOA, classé cancérogène, dès 2012, soit huit ans avant son interdiction. L’usine emploie désormais du PTFE, ou Téflon, qu’elle présente comme sans danger pour la santé humaine. Le ministère de la Santé confirme sa stabilité et sa sécurité, mais le Centre international de recherche contre le cancer estime que les données disponibles ne permettent pas de conclure définitivement. En 2025, une loi a restreint l’usage des PFAS dans de nombreux produits courants, mais Seb a obtenu une dérogation pour les ustensiles de cuisine, invoquant des risques pour l’emploi.

Les élus locaux se trouvent pris entre des enjeux économiques et les incertitudes scientifiques. Yannick Levy, adjoint à l’Environnement de Rumilly, reconnaît que la question des PFAS est tombée sur la commune sans préparation. Il souligne le manque de légitimité scientifique des élus et la nécessité de recherches fondamentales supplémentaires. En 2022, la première urgence a été de fermer deux forages après la détection de PFAS dans des captages d’eau potable. Une nouvelle unité de potabilisation équipée de filtres à charbon a depuis été installée, jugée très efficace par la collectivité.

Les mesures engagées ont un coût. La mairie a dû financer des études préfectorales pour plus de 130 000 euros, dans un contexte de restrictions budgétaires. Pour clarifier les responsabilités et obtenir une évaluation indépendante des coûts de dépollution, la communauté de communes et la Ville de Rumilly ont saisi la justice. Les plaignants espèrent ainsi fonder des demandes de réparation et faire la lumière sur les responsabilités des différents émetteurs.

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