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Record d’investissements nucléaires : la planète n’a jamais autant dépensé pour ses arsenaux

Les neuf États dotés de l’arme atomique ont alloué près de 119 milliards de dollars à leurs arsenaux en 2025, un bond de 19 % en un an. Entre…

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Record d’investissements nucléaires : la planète n’a jamais autant dépensé pour ses arsenaux

Les neuf États dotés de l’arme atomique ont alloué près de 119 milliards de dollars à leurs arsenaux en 2025, un bond de 19 % en un an. Entre modernisation accélérée, tensions géopolitiques et craintes liées à l’intelligence artificielle, le monde s’enfonce dans une nouvelle course aux armements.

L’an dernier, les dépenses des puissances nucléaires ont atteint un niveau historique. Selon un rapport de la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN), les neuf États concernés ont englouti 119 milliards de dollars dans leurs arsenaux, soit 17 milliards de plus qu’en 2024. Les États-Unis sont en tête avec 69,2 milliards, suivis par la Chine (13,5 milliards), le Royaume-Uni (12,6 milliards) et la Russie (9,5 milliards). Sur cinq ans, le total dépasse les 470 milliards de dollars. Et la tendance ne montre aucun signe de ralentissement.

Ces chiffres s’accompagnent d’un changement de comportement inquiétant. Les puissances sortent de plus en plus d’ogives de leurs stocks pour les installer sur des lanceurs. Résultat, le nombre d’armes déployées augmente, même si le volume global d’ogives (environ 12 000) continue de baisser lentement. L’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri) prévient que le rythme des démantèlements ralentit tandis que le déploiement de nouvelles armes s’accélère. Pour la première fois depuis des décennies, la tendance à la réduction des stocks pourrait s’inverser.

La course à la modernisation est particulièrement visible chez les deux géants. Les États-Unis et la Russie détiennent ensemble 83 % des ogives mondiales, avec plus de 5 000 chacun. Mais c’est la Chine qui progresse le plus vite. Avec 620 ogives aujourd’hui, Pékin pourrait atteindre d’ici 2030 un nombre de missiles balistiques intercontinentaux comparable à celui des États-Unis ou de la Russie. La compétition géopolitique pousse Pékin à miser toujours plus sur l’arme nucléaire, explique le Sipri.

Au-delà des budgets records, c’est la vision à long terme qui alarme les experts. Les plans américains prévoient des missiles Sentinel opérationnels jusqu’après 2100, et la production de noyaux atomiques en plutonium est augmentée pour maintenir les ogives viables jusqu’en 2120. Les États-Unis devraient consacrer près de 1 000 milliards de dollars à leur arsenal sur la seule décennie 2025-2034. Des engagements similaires existent au Royaume-Uni et en France. Pour la directrice des programmes de l’ICAN, ces investissements massifs détournent des ressources des services essentiels comme la santé, tout en finançant des armes dont l’utilisation serait un crime de guerre.

Le danger est amplifié par l’irruption de l’intelligence artificielle dans les systèmes de décision. Plusieurs experts redoutent que l’IA n’accélère la prise de décision concernant l’emploi d’armes nucléaires, augmentant les risques d’erreur ou d’escalade incontrôlée. « Je suis terrifiée », confie la co-autrice du rapport. Pendant ce temps, les accords internationaux de contrôle se fragilisent, et la rivalité entre grandes puissances s’intensifie. Le niveau des risques nucléaires n’a jamais été aussi élevé depuis la guerre froide.

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