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Quentin Dupieux, le faiseur de mondes décalés qui règne sur Cannes

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Le cinéaste français signe un doublé inédit sur la Croisette en présentant deux longs métrages dont il est seul maître à bord, confirmant une méthode de travail aussi singulière que prolifique.

Rares sont les réalisateurs capables de placer deux films au générique de la même édition cannoise. Quentin Dupieux, 52 ans, y parvient cette année avec une aisance déconcertante. Une double présence qui atteste non seulement d’une productivité hors normes mais aussi d’un pouvoir d’attraction rare sur des talents internationaux. Les Français Jonathan Cohen et Alain Chabat figurent au casting du « Vertige », œuvre qui clôturera la Quinzaine des cinéastes. Les Américains Woody Harrelson et Kristen Stewart, eux, illumineront « Full Phil », projeté en séance hors compétition.

L’actrice Anaïs Demoustier, qui retrouve le cinéaste dans « Le Vertige » après plusieurs collaborations, loue la patte singulière de l’artiste. Elle décrit un créateur capable de tisser des dialogues d’une précision diabolique, donnant l’illusion d’une conversation ordinaire alors qu’ils n’en ont que l’apparence. Depuis son premier long métrage en 2010, un récit absurde mettant en scène un pneu tueur dans le désert californien, Dupieux attire les grands noms du cinéma français et les figures de l’humour. Jean Dujardin, Léa Seydoux, Benoît Magimel ou encore Adèle Exarchopoulos ont tous succombé à son univers.

Le producteur Hugo Sélignac, qui a accompagné huit de ses films, compare le réalisateur à un peintre capable de tout exécuter seul, de l’écriture à la musique en passant par l’éclairage. Une rareté dans le paysage cinématographique actuel. Après un portrait impressionniste de Salvador Dalí, une histoire de cave de jouvence ou le coup de théâtre de « Yannick », son plus grand succès en salles, Dupieux poursuit son exploration de récits impossibles à résumer, souvent d’une durée ramassée. « Full Phil » se présente comme une anti-comédie romantique dans une ville assiégée par des gilets jaunes, tandis que « Le Vertige », tourné en motion capture, interroge la nature d’une réalité fabriquée.

Julien Rejl, délégué général de la Quinzaine des cinéastes, salue un style immédiatement identifiable. Il souligne la capacité du cinéaste à tourner rapidement, à faire preuve d’une inventivité constante et à jongler entre productions imposantes et projets plus modestes. Cette hyperactivité, qui suscite autant d’admiration que d’étonnement, avait déjà été évoquée par Dupieux lui-même lors d’une précédente édition cannoise. Dans une note adressée aux journalistes, il avait justifié son silence médiatique par une accumulation de temps de parole dépassant la durée totale de ses films.

Pour Hugo Sélignac, il est incompréhensible de reprocher à un artiste sa fécondité. Il compare cette productivité à celle d’un musicien, dont on ne conteste jamais la quantité d’œuvres produites, d’autant que chaque projet de Dupieux constitue un geste artistique unique. Anaïs Demoustier partage cet avis, voyant dans cette frénésie créative la marque d’un explorateur. Elle estime que le réalisateur ne s’endort jamais sur ses acquis et que ce rapport décomplexé à la création rend son travail particulièrement savoureux.

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