Planète
La prévention des pandémies venues des animaux reste dangereusement négligée


L’Organisation mondiale de la santé animale dénonce un sous-financement chronique des politiques de santé animale, alors que 60% des maladies infectieuses humaines connues trouvent leur origine chez les animaux.
La santé animale et les dispositifs de prévention des pandémies d’origine animale souffrent d’un manque de moyens persistant et préoccupant, alerte l’Organisation mondiale de la santé animale. L’institution, qui regroupe 183 membres et travaille en partenariat avec les agences des Nations unies, estime la situation plus critique encore qu’il y a un an. Grippe aviaire, fièvre aphteuse ou encore dermatose nodulaire contagieuse figurent parmi les menaces sanitaires les plus pressantes.
L’organisation rappelle que de nombreuses crises sanitaires mondiales émergent de perturbations écologiques. La déforestation, la perte d’habitat et l’intrusion humaine dans des écosystèmes fragiles poussent des espèces animales stressées à devenir des vecteurs de maladies nouvelles. Moustiques, rongeurs et chauves-souris se retrouvent ainsi au plus près des populations humaines, favorisant les transmissions virales. Le risque accru de propagation entre faune sauvage, humains et animaux domestiques exige une réponse urgente et coordonnée entre les secteurs concernés.
Environ 60% des maladies infectieuses humaines répertoriées proviennent des animaux, et 75% des agents pathogènes humains découverts ces dernières décennies ont une origine animale. Pourtant, les systèmes destinés à anticiper la prochaine crise sanitaire, comme la surveillance des maladies animales, les effectifs vétérinaires, les campagnes de vaccination ou les capacités de laboratoire, ne reçoivent pas plus de 0,6% des dépenses mondiales de santé. Les budgets alloués à l’aide publique au développement et à la prévention sont en baisse, alors que les bénéfices potentiels d’un investissement accru seraient considérables.
La directrice générale de l’organisation a souligné que la prévention coûte bien moins cher que la gestion des crises. À titre d’exemple, la rage provoque chaque année 59 000 décès humains évitables, pour un coût de traitement estimé à 8,6 milliards de dollars, principalement dans les régions les plus défavorisées. Les services vétérinaires ne représentent en moyenne que 0,05% du produit intérieur brut des nations. L’organisation estime qu’un investissement de 2,3 milliards de dollars permettrait de mettre aux normes internationales ces services dans 91 pays, soit moins de 0,05% du coût annuel de la pandémie de Covid-19.
Ce sous-investissement pèse aussi lourdement sur les filières d’élevage. Les maladies animales entraînent des pertes annuelles supérieures à 20% de la production, en raison des baisses de rendement, des opportunités commerciales manquées et des interdictions d’exportation. Un épidémiologiste vétérinaire de l’organisation a rappelé que lorsque les systèmes de santé animale manquent de moyens, les maladies sont détectées tardivement et se propagent plus largement, ce qui rend leur confinement bien plus coûteux.
Entre janvier 2025 et mars 2026, la grippe aviaire a causé la mort ou l’abattage de 140 millions d’animaux dans près de 70 pays. Si ce chiffre reste inférieur au pic de 2021-2022, le virus s’est depuis diversifié parmi les espèces non avicoles, augmentant le risque de transmission aux humains. La dermatose nodulaire contagieuse, non transmissible à l’homme, a été détectée pour la première fois en Europe occidentale à l’été 2025. Elle a touché 3 184 foyers, dont 117 en France, et entraîné la perte de 7 522 animaux, dont plus de 3 300 dans l’Hexagone, répartis dans 45 pays.
Les conséquences économiques pour les filières et les gouvernements qui indemnisent les pertes se chiffrent en millions, voire en milliards de dollars pour la grippe aviaire. D’autres maladies comme la peste porcine africaine ou la fièvre aphteuse pourraient provoquer des dégâts encore plus importants. La fièvre aphteuse, qui affecte les bovins, ovins et porcins, entraînerait des pertes annuelles allant de plusieurs milliards à plusieurs dizaines de milliards de dollars selon les régions touchées et la gestion des foyers. L’organisation cite l’exemple du Royaume-Uni, où la crise de 2001 a coûté 8 milliards de livres et conduit à l’abattage de six millions d’animaux. En 2007, grâce à des mesures renforcées de biosécurité, de traçabilité et de gouvernance, une nouvelle épidémie a été maîtrisée en 58 jours, pour un coût de seulement 47 millions de livres.





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