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Société

Hantavirus : les scientifiques face au défi de la communication sans raviver les traumatismes du Covid

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Infectiologues, virologues et épidémiologistes, de nouveau sous les projecteurs après l’émergence de l’hantavirus, tentent d’informer le public avec mesure, forts des leçons tirées de la pandémie de Covid-19.

Depuis la découverte d’un foyer d’hantavirus à bord du navire de croisière MV Hondius, qui a déjà causé trois décès et onze cas confirmés, dont une Française dans un état grave, les spécialistes se multiplient sur les ondes, les écrans et dans la presse écrite. Certains d’entre eux, comme Yazdan Yazdanpanah, Antoine Flahault ou Xavier Lescure, ont participé à une séance de pédagogie collective lors d’une conférence de presse organisée au ministère de la Santé, en présence de la ministre Stéphanie Rist. À cette occasion, ils ont exhorté scientifiques, journalistes et citoyens à se méfier des « idées reçues », selon les mots de l’épidémiologiste Antoine Flahault. « Chacun de nous a été très exposé aux médias pendant la crise du Covid, et nous avons tous appris. D’une part, que nous ne savions pas tout, d’autre part, que les connaissances évoluaient et que des débats très vifs surgissaient entre scientifiques sur des points qui surprenaient parfois nos concitoyens », a-t-il confié par la suite.

Luc Ginot, médecin de santé publique, a estimé que l’hantavirus risquait clairement de raviver de mauvais souvenirs, mais qu’il était essentiel de le relier à une histoire qui s’est améliorée grâce à l’expérience acquise lors du Covid et d’autres infections. « Nous avons appris du Covid que les médecins ne peuvent pas diffuser n’importe quelle information qui brouille la cohérence de la réponse sanitaire globale », a-t-il affirmé. Et d’ajouter qu’il fallait éviter la course aux scoops dans les médias, car des protocoles très stricts sont mis en œuvre sous l’autorité du ministère. « Il est important que les gens n’aient pas l’impression que l’État est en train de s’affoler », a-t-il précisé.

Depuis l’ère Covid, la communication en situation de crise sanitaire est devenue familière à certains experts, souvent chefs de service hospitaliers, comme Karine Lacombe, Arnaud Fontanet ou Gilles Pialoux, régulièrement sollicités par les médias. Tous s’attachent à expliquer ce que l’on sait et ce que l’on ignore encore de l’épisode actuel d’hantavirus Andes, tout en soulignant les différences entre ce virus d’origine animale, rare mais déjà bien documenté, et le coronavirus inconnu apparu en Chine il y a six ans. Des praticiens hospitaliers rompus aux réseaux sociaux ont également cherché à expliquer et à rassurer. François-Xavier Moronval, urgentiste à Épinal, a ainsi publié lundi sur son compte Instagram, suivi par 54 000 personnes, une vidéo pédagogique invitant à la prudence face à des informations « qui partent dans tous les sens » et à une situation « qui fait peur car elle rappelle le Covid ». De son côté, Nathan Peiffer-Smadja, infectiologue à l’hôpital Bichat AP-HP, a déroulé un fil d’explications sur Bluesky, affirmant que « même s’il faut être vigilant, ce n’est pas le Covid ». « La gestion d’une épidémie ne consiste ni à rassurer et minimiser, surtout quand on ne sait rien, ni à prédire le prochain Covid et à plaider systématiquement pour des mesures maximalistes pour toutes les menaces infectieuses, cela n’aurait aucun sens et émousserait la vigilance. Il s’agit d’informer de façon transparente », a-t-il argumenté.

L’hantavirus fait également ressurgir des théories du complot. Des internautes habitués aux fausses informations sur le Covid évoquent à nouveau une « conspiration vaccinale » ou une « arme de dépopulation massive ». Sur les réseaux sociaux, on peut lire des commentaires comme « Hantavirus, la bombe médiatique qui sent la mise en scène » ou « Ils nous refont le scénario Covid amplifié dès le début ». Figure de proue du mouvement antivax et complotiste, Alexandra Henrion-Caude a comparé la situation à un « mauvais film », tandis que le professeur Christian Perronne, discrédité pendant le Covid, a déclaré à France Soir que « ça démarre comme en Argentine, juste au moment où l’Argentine suit les États-Unis pour sortir de l’OMS ».

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