Monde
Le cri de détresse de Zahra Joya pour les femmes afghanes oubliées du monde
Cinq ans après la chute de Kaboul, la journaliste afghane Zahra Joya vit à Londres et poursuit son combat. Elle décrit des femmes enfermées, seules, et…


Cinq ans après la chute de Kaboul, la journaliste afghane Zahra Joya vit à Londres et poursuit son combat. Elle décrit des femmes enfermées, seules, et lance un appel à la solidarité internationale.
Le 15 août reste gravé comme une blessure. Ce jour-là, il y a cinq ans, Zahra Joya a tout perdu. La journaliste de 34 ans se souvient du choc, de la peur, du chaos qui ont accompagné l’entrée des talibans dans Kaboul. Quelques jours plus tôt, elle déjeunait avec une amie au restaurant et exerçait son métier librement. Puis, brutalement, sa liberté s’est envolée. Elle se décrivait comme prisonnière chez elle. Aujourd’hui installée à Londres, elle raconte cette bascule avec des mots simples et douloureux.
Pour les talibans, tout ce qui la définissait était condamnable. Être une femme, être journaliste, être Hazara. Trois raisons de la réduire au silence. Zahra Joya a alors compris qu’elle devait quitter son pays, elle qui ne s’était jamais imaginée partir. En 2020, elle avait fondé Rukhshana Media, un média destiné à donner la parole aux Afghanes et à raconter leurs histoires. Depuis Londres, elle continue. Ses collaboratrices, restées sur place, exercent dans le plus grand secret. Elles risquent leur vie chaque jour. Pour elle, ce sont les journalistes les plus courageuses du monde.
Le tableau qu’elle dresse est sombre. Les talibans appliquent une lecture ultra-rigoriste de la loi islamique. Les femmes sont exclues de nombreux métiers, de l’université, du secondaire. L’Afghanistan est même le seul pays au monde où les filles n’ont plus le droit d’étudier après le primaire. Récemment, Zahra Joya et son équipe ont demandé à des Afghanes de décrire leur quotidien. Leurs réponses sont sans appel. Elles restent enfermées entre quatre murs, sans aucun moyen de se défendre. Zahra Joya parle d’une guerre menée contre leur genre, à mains nues. Un combat inégal, solitaire, mené sans armes.
Le sentiment d’abandon est immense. « Nous avons l’impression que le monde nous a abandonnées », dit-elle. Elle appelle à l’aide, à la solidarité. Son histoire personnelle illustre la persistance de l’oppression. Dans les années 1990, lors du premier passage des talibans au pouvoir, sa mère l’a déguisée en garçon pour qu’elle puisse aller à l’école. Elle lui a coupé les cheveux, changé son prénom. Elle est devenue Muhammad. Grâce à ce sacrifice, Zahra Joya est devenue la première femme de sa famille et de son village à aller à l’école, à l’université et à devenir journaliste. Son livre, publié en juillet, retrace ce parcours et le sort des Afghanes. Un témoignage essentiel pour ne pas oublier.
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