Faits Divers
Procès d’un ostéopathe accusé de viols sur 29 patientes : la famille défend un homme « doué des mains »
La famille de l’accusé décrit un praticien talentueux et minimise les gestes litigieux, tandis que les parties civiles dénoncent une trahison de la confiance thérapeutique.
Un ostéopathe de 37 ans, Pierre Garitte, comparaît devant la cour criminelle du Bas‑Rhin pour avoir violé huit patientes et agressé sexuellement vingt‑trois autres, entre 2014 et 2020. Les faits auraient été commis à son cabinet d’Eschau, banlieue aisée de Strasbourg. L’homme, libre sous contrôle judiciaire, encourt vingt ans de réclusion. Il nie toute intention sexuelle, affirmant que ses gestes étaient exclusivement thérapeutiques.
Lors de la première journée d’audience, ses proches ont pris la parole. Son père a défendu un fils « doué des mains », tout en dénonçant une « judiciarisation à outrance » depuis le mouvement MeToo. Sa demi‑sœur a révélé consulter elle‑même un ostéopathe pratiquant des pénétrations vaginales consenties, bien que cette technique soit interdite par la profession. Elle a ainsi cherché à relativiser les actes reprochés.
À la barre, Pierre Garitte a reconnu aborder le corps de manière « trop mécanique », privilégiant le résultat sur l’obligation de moyens. Il a expliqué qu’avant son interdiction d’exercer, il souhaitait avant tout soulager ses patients, sans toujours respecter les limites éthiques.
L’enquête a débuté après une plainte pour viol déposée en octobre 2020, mais une première alerte remontait à 2018. En explorant le fichier des patientes, les enquêteurs ont découvert d’autres femmes qui décrivaient des attouchements ou des pénétrations non consenties. Vingt‑trois d’entre elles se sont constituées parties civiles.
Les avocates des victimes soulignent la gravité de ces actes, perpétrés dans le cadre d’une relation de soin. L’une d’elles, Me Sendegul Aras, estime que « cette affaire révèle une violence profonde : ces femmes ont confié leur corps à un soignant en pensant que leur vulnérabilité serait protégée par l’éthique même du soin ». La question centrale du procès sera donc celle de la confiance thérapeutique.
Les observateurs notent que la justice commence à examiner plus souvent les violences sexuelles commises par des professionnels de santé. Des affaires similaires, comme celles des gynécologues Phuoc‑Vinh Tran ou Émile Daraï, sont attendues. Emmanuelle Piet, présidente du Collectif féministe contre le viol, dénonce une stratégie des agresseurs qui consiste à faire croire que ces gestes font partie du soin. « Mais en aucun cas le viol ne fait partie du soin », insiste‑t‑elle.
Pour une des avocates, Me Anne‑Sophie Wagnon‑Horiot, sa cliente attend que ce procès permette à l’accusé d’assumer ses responsabilités et qu’il serve d’exemple. « Ce qui est important pour elle, c’est que ça puisse faire résonance chez des personnes qui n’ont pas osé parler, ou qui ont cru que c’était de leur faute », a‑t‑elle déclaré. Les débats doivent durer deux semaines.
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