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Peindre des femmes noires nues pour guérir un malaise colonial

À 31 ans, la Gabonaise Naïla Opiangah a imposé ses silhouettes sans visage jusqu’au tapis rouge du Met Gala. Derrière ses pastels, un combat intime pour…

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Peindre des femmes noires nues pour guérir un malaise colonial

À 31 ans, la Gabonaise Naïla Opiangah a imposé ses silhouettes sans visage jusqu’au tapis rouge du Met Gala. Derrière ses pastels, un combat intime pour décoloniser le regard sur le corps noir.

Dans son atelier d’Accra, au Ghana, Naïla Opiangah dessine des femmes noires nues aux teints bruns, verts et bleus. Leurs visages restent vides. Elle manie le pastel sec entre deux voyages à New York, son autre port d’attache. Cette Gabonaise d’origine, née de parents camerounais et gabonais, a quitté Libreville à 18 ans pour étudier l’architecture à Chicago. Son diplôme en poche, elle rejoint l’agence du célèbre architecte ghanéo-britannique David Adjaye à New York. Une expérience qu’elle décrit comme traumatisante, après des accusations de harcèlement sexuel et de management toxique révélées en 2023. Pour s’évader, elle plonge dans la communauté ARTNOIR, un collectif dédié à l’art noir africain et diasporique. C’est là que sa carrière de peintre démarre, poussée par plusieurs figures influentes du monde de l’art.

Son travail mêle figuration et abstraction. La nudité féminine, pour elle, est un acte rebelle. « Compte tenu de mes origines, de la façon dont j’ai été élevée, des personnes que je représente, c’est un geste politique », confie-t-elle. Elle remonte aux racines du malaise : « La relation qu’on a avec le corps nu aujourd’hui est un héritage de la colonisation. Avant qu’on nous impose de nous couvrir, c’était impossible que le rapport au corps soit autant sexualisé. » Cette réflexion est devenue une obsession. Sa conclusion est nette : « Je ne vais pas changer le monde, mais j’ai choisi de décoloniser mon malaise à travers mes dessins. » Ses toiles se vendent jusqu’à 13 000 dollars.

Sa rencontre avec le peintre ghanéen Amoako Boafo, connu pour une toile vendue à 1,14 million de dollars, change tout. Il devient son mentor. « Mon plus gros privilège, c’est lui. Il n’a jamais gardé la lumière pour lui-même », dit-elle. Très vite, des célébrités s’intéressent à elle. Law Roach, le styliste star d’Hollywood, porte une veste peinte par Naïla au Met Gala en mai dernier. Zendaya aussi fait partie de ses admirateurs. Mais Naïla ne vend pas à n’importe qui. Quand Chance the Rapper veut acheter une œuvre, elle refuse d’abord, exigeant qu’il s’engage davantage dans la collection d’art. Pour elle, être collectionneur noir est une responsabilité : « C’est être ambassadeur de notre présence sur terre. » Son argumentaire finit par convaincre le rappeur, et une collaboration entre musique et peinture voit le jour au musée d’Art contemporain de Chicago.

Aujourd’hui, Naïla Opiangah sait qu’elle est un exemple. Elle le dit sans détour : « J’ai ce que j’ai parce que j’ai arraché les opportunités. En Afrique, la confiance en soi est une denrée rare. Quand tu as confiance, tu es un modèle. » Quitter le Gabon lui a semblé indispensable. « Là-bas, on n’a pas d’opportunité, même basique, pour célébrer les artistes. L’art est vu comme sans intérêt », regrette-t-elle. Les États-Unis lui ont montré qu’on pouvait exister pleinement. Son ambition pour l’avenir est claire : faire des capitales africaines des piliers du monde de l’art. « Quand on parle du développement de l’Afrique, la question est aussi de savoir comment on préserve qui on est », insiste-t-elle. Son pinceau, elle, trace déjà la route.

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