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Paris érige un mémorial aux victimes tutsi, nouvelle avancée dans la réconciliation franco-rwandaise

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Un monument dédié aux victimes du génocide des Tutsi a été inauguré mardi à Paris. Emmanuel Macron et Paul Kagame ont participé à la cérémonie, renforçant la réconciliation.

Deux blocs de laiton noir se dressent désormais sur les bords de Seine, en plein cœur de la capitale. Une phrase gravée rend hommage aux centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants massacrés entre avril et juillet 1994. L’œuvre, conçue par l’artiste portugaise Grada Kilomba, est présentée comme un lieu de recueillement et de transmission de la mémoire du génocide.

Plus de 800 000 personnes, essentiellement des Tutsi, ont péri lors de ces massacres orchestrés par le pouvoir hutu après la mort du président Juvénal Habyarimana. La relation entre la France et le Rwanda a longtemps été marquée par la question du rôle de Paris avant, pendant et après le génocide, conduisant même à une rupture diplomatique entre 2006 et 2009. Le président Paul Kagame avait accusé la France de complicité.

En 2021, Emmanuel Macron a reconnu les responsabilités accablantes de la France dans un discours à Kigali, suivant les conclusions d’une commission d’historiens qu’il avait mandatée. Sans présenter d’excuses, il avait alors exprimé l’espoir d’un pardon des rescapés. Cette démarche a permis d’établir une relation inédite avec le Rwanda.

Le choix du lieu est hautement symbolique. Le monument se trouve à proximité du ministère des Affaires étrangères et de la présidence, des lieux de pouvoir dont l’action a été jugée défaillante durant le génocide. Le président de la commission d’historiens a estimé que cette inauguration marque une nouvelle étape aussi puissante que celle de 2021, et que le génocide des Tutsi entre désormais pleinement dans l’histoire publique française.

Le président d’Ibuka France, principale organisation de mémoire et de soutien aux rescapés, a salué ce geste attendu depuis plus de trente ans. Il a souligné que la société civile a longtemps porté seule ce combat et se sent enfin accompagnée. Le monument, baptisé Archive, est conçu pour être pérenne et visible dans l’espace public, contrairement à un rapport qui serait rangé dans une bibliothèque.

Les deux chefs d’État ont pris la parole en clôture d’une cérémonie où se sont également exprimés le maire de Paris et une rescapée du génocide. Un musicien et écrivain franco-rwandais a lu un poème d’une auteure franco-rwandaise, elle-même survivante. Un dîner officiel a ensuite réuni les deux présidents au palais présidentiel.

D’autres chantiers se poursuivent en France pour panser les plaies du génocide, notamment sur les plans judiciaire et éducatif. La justice a récemment demandé la poursuite des investigations sur l’éventuelle implication de l’ex-Première dame Agathe Habyarimana. Les procès de présumés génocidaires réfugiés en France se succèdent, et les moyens d’enquête ont été renforcés depuis 2021. Le président d’Ibuka France a insisté sur la nécessité de poursuivre ce travail après le mandat d’Emmanuel Macron.

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