Monde
Nord du Nigeria
Plus de 3 millions de personnes souffrent de faim aiguë. Les violences des jihadistes et des bandits armés s’étendent, forçant les populations à fuir…


Plus de 3 millions de personnes souffrent de faim aiguë. Les violences des jihadistes et des bandits armés s’étendent, forçant les populations à fuir leurs terres et privant des familles entières de nourriture.
Dans le nord du Nigeria, la violence ne fait pas que tuer. Elle affame. Le Programme alimentaire mondial (PAM) sonne l’alerte pour la première fois depuis dix ans. Plus de trois millions de personnes vivent une insécurité alimentaire qualifiée d’aiguë. Ce chiffre pourrait encore monter. Car la région subit une double insécurité persistante. D’un côté, les groupes jihadistes mènent une insurrection depuis 2009, avec le nord-est comme épicentre. De l’autre, des bandes criminelles surnommées « bandits » attaquent les villages et multiplient les enlèvements contre rançon. Résultat des milliers de familles ne peuvent plus cultiver leurs terres. Elles se déplacent, s’entassent, et les stocks de nourriture s’épuisent.
Kinday Samba, le directeur régional du PAM pour l’Afrique de l’Ouest et Centrale, résume le problème d’une phrase. « Ce qui nous préoccupe le plus, c’est l’extension de cette crise. » La violence gagne du terrain sur une zone bien plus vaste qu’avant. Elle pousse les agriculteurs à abandonner leurs champs. Elle bloque l’accès des humanitaires. Le nombre de localités inaccessibles pour les équipes du PAM a doublé. Quinze zones sont aujourd’hui considérées comme partiellement hors d’atteinte. Et pendant ce temps, la faim progresse. Plus de 17 millions de personnes dans le nord du Nigeria sont confrontées à des niveaux de faim classés comme crise, urgence ou catastrophe. Dans l’État de Borno, cœur du conflit jihadiste, trois millions de personnes souffrent de faim aiguë. Dix mille d’entre elles sont en situation de faim catastrophique.
Mais l’aide humanitaire recule. Les coupes budgétaires américaines décidées sous Donald Trump et les réductions plus larges des pays occidentaux ont frappé de plein fouet les ménages les plus pauvres. Le FMI a noté en juin que la pauvreté s’est aggravée sous la présidence de Bola Tinubu. Ses réformes économiques, pourtant jugées nécessaires pour relancer le pays, ont fait flamber l’inflation et le coût de la vie. En 2025, au pic de la crise alimentaire, le PAM avait nourri 1,3 million de personnes. Cette année, à cause de graves déficits financiers, il prévoit de n’en atteindre que la moitié. Pire alors que 6,2 millions de personnes dans le nord-est ont besoin d’aide, l’agence onusienne ne peut en nourrir que 740 000. Cela laisse 5,5 millions de personnes, surtout des enfants, sans aucune assistance. Le PAM s’inquiète de voir des communautés adopter des stratégies de survie désespérées. Certaines signalent déjà des habitants qui rejoignent des groupes armés dans l’espoir d’obtenir un repas ou un revenu. La faim devient une arme de recrutement. Et personne ne semble capable d’arrêter la machine.
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