Économie
Netflix monte au créneau contre le projet de loi allemand sur le financement du cinéma
Le géant américain du streaming dénonce une réglementation qui menacerait la viabilité des productions ambitieuses, tandis que Berlin défend un texte censé dynamiser le secteur cinématographique national.
Le groupe Netflix a vivement critiqué, jeudi, le projet de loi adopté la veille par le gouvernement allemand. Ce texte prévoit d’imposer aux plateformes de streaming, à l’instar des chaînes de télévision, d’investir au moins 8 % de leur chiffre d’affaires réalisé outre-Rhin dans la production cinématographique locale. La mesure, si elle est votée par le Parlement, entrerait en vigueur début 2027.
Wolf Osthaus, directeur des affaires publiques de Netflix, a exprimé ses réserves dans une déclaration transmise à l’AFP. Selon lui, cette obligation risque de rendre plus complexe le financement de projets d’envergure et pourrait aboutir à une baisse du nombre de titres produits. Une situation qui, à ses yeux, ne servirait ni les spectateurs ni l’industrie allemande. Il a également pointé du doigt les dispositions relatives aux droits des œuvres. La loi prévoit en effet que ces droits doivent être progressivement restitués aux producteurs ou partagés avec eux, sans possibilité de conservation permanente par les diffuseurs.
« Le risque est que les grands projets ambitieux ne soient plus économiquement viables, car leurs budgets ne peuvent souvent pas être bouclés sans recourir à des cofinancements », a-t-il ajouté. De son côté, Vaunet, l’association représentant les médias audiovisuels privés en Allemagne, a qualifié le texte d’« ingérence inutile et disproportionnée dans la liberté des médias ». L’organisation estime que cette loi imposerait aux entreprises des charges supplémentaires, une insécurité juridique notable et un fardeau administratif excessif.
Le gouvernement allemand défend pourtant ce dispositif. Le ministre d’État chargé de la Culture et des Médias, Wolfram Weimer, a affirmé que la mesure allait « doper le cinéma » tout en laissant une certaine flexibilité aux acteurs du streaming. Le texte prévoit notamment une clause d’exemption pour les entreprises qui investiraient au moins 12 % de leur chiffre d’affaires, les dispensant ainsi de certaines obligations, dont celles liées aux productions en langue allemande.
Par ailleurs, la loi s’accompagne d’un renforcement significatif des aides publiques au cinéma, portées à 250 millions d’euros au niveau fédéral. En cas de non-respect du quota, une contribution compensatoire pouvant atteindre 75 % du montant manquant pourrait être exigée, sur décision de l’Agence allemande du film, chargée du contrôle.
Avec cette réforme, Berlin s’aligne sur le modèle français, qui impose depuis 2021 aux plateformes de streaming d’investir une part de leurs revenus dans la production européenne et francophone. Selon les dernières données disponibles, Netflix, Disney+ et Prime Video ont versé 362 millions d’euros pour la création française en 2023.
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