Monde
Moins d’ogives, plus de danger le paradoxe nucléaire qui inquiète les experts
Les arsenaux nucléaires mondiaux diminuent légèrement, mais les armes sont de plus en plus prêtes à l’emploi, ce qui fait grimper les risques.


Les arsenaux nucléaires mondiaux diminuent légèrement, mais les armes sont de plus en plus prêtes à l’emploi, ce qui fait grimper les risques.
C’est l’un des grands paradoxes de notre époque : alors que le nombre total d’ogives nucléaires sur Terre continue de baisser, jamais la menace d’une utilisation réelle n’a semblé aussi forte. L’an dernier, les neuf puissances nucléaires possédaient environ 12 187 ogives, dont près de 9 745 dans des stocks accessibles pour un usage potentiel. Une légère baisse par rapport à l’année précédente, due surtout au démantèlement d’anciennes armes depuis la fin de la guerre froide. Pourtant, ce qui inquiète les spécialistes, c’est un mouvement inverse : les États sortent de plus en plus ces ogives de leurs réserves pour les installer sur des missiles, des bombardiers ou des sous-marins prêts à décoller. Autrement dit, le nombre d’armes déployées, donc immédiatement utilisables, est en hausse.
Cette tendance s’explique par une rivalité géopolitique qui s’intensifie. Les États-Unis et la Russie détiennent à eux deux plus de 80 % des stocks mondiaux, avec plus de 5 000 ogives chacun. Tous deux mènent des programmes de modernisation, mais chacun rencontre des difficultés. Du côté américain, les problèmes de planification et de financement menacent de repousser les calendriers et de faire exploser les coûts. Côté russe, les essais ratés de missiles intercontinentaux et les sanctions liées à la guerre en Ukraine compliquent la tâche. Pendant ce temps, la Chine accélère : elle disposerait de 620 ogives et pourrait, selon la manière dont elle structure ses forces, aligner autant de missiles intercontinentaux que les États-Unis ou la Russie d’ici 2030. Même si elle atteignait 1 000 ogives, cela ne représenterait qu’un quart de leurs arsenaux, mais la dynamique est clairement à l’augmentation.
Les autres puissances nucléaires ne sont pas en reste. La France et le Royaume-Uni maintiennent leurs stocks stables, respectivement 290 et 225 ogives, mais Londres prévoit une hausse après une révision de son programme en 2021, et Paris a également annoncé une augmentation. L’Inde monte doucement à 190 ogives, le Pakistan reste à 170 mais continue d’accumuler des matières fissiles, signe d’une future expansion. La Corée du Nord poursuit son objectif affiché d’étendre « de manière exponentielle » son arsenal, estimé à 60 têtes. Enfin, Israël moderniserait ses quelque 90 ogives sans reconnaître officiellement les posséder. Au total, ce n’est pas le nombre d’armes qui flambe, mais la fragilisation des accords de contrôle et la course à la modernisation qui transforment un stock en péril. Les vieux traités s’effritent, la confiance s’érode, et chaque ogive déployée devient un rappel que la menace nucléaire n’a jamais vraiment disparu.
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