Culture
Marcos Morau, l’architecte du mouvement


_**Le chorégraphe espagnol, figure majeure de la scène contemporaine, présente deux œuvres à Paris, incarnant sa recherche d’un langage corporel à la frontière des arts visuels.**_
Artiste pluridisciplinaire, Marcos Morau construit depuis plus de deux décennies un univers chorégraphique singulier, où la danse dialogue intimement avec l’image. Son approche, nourrie de photographie et de dramaturgie, déconstruit les codes classiques pour forger une esthétique immédiatement reconnaissable. Actuellement, deux de ses créations sont à l’affiche dans la capitale française, offrant un aperçu de son travail exigeant et conceptuel.
Sa première collaboration avec le Ballet de l’Opéra de Paris, « Etude », se présente comme une réflexion sur la vie de l’artiste interprète. Sur scène, une trentaine de danseurs, vêtus des attributs traditionnels du ballet, évoluent dans un espace où la barre d’exercice devient un élément central, tantôt aimant, tantôt obstacle. La partition musicale, électro et dissonante, accompagne des mouvements qui puisent dans le vocabulaire académique avant de le disloquer. Les corps, soumis à une segmentation extrême, semblent animés par une mécanique intérieure, évoquant des automates d’une précision troublante.
Morau qualifie sa méthode de « Kova », un processus qui consiste à dissocier les parties du corps, cherchant une « organicité » nouvelle par la fragmentation. Pour les danseurs de l’Opéra, cette exigence a représenté un défi de taille, nécessitant de « désécher » et de « couper » leur gestuelle habituelle. Le résultat transcende la simple performance pour s’apparenter à une installation vivante, où la composition visuelle, l’équilibre des formes et le traitement de la lumière sont aussi essentiels que le mouvement lui-même.
Parallèlement, au Théâtre du Châtelet, il présente « Afanador » avec le Ballet national d’Espagne. Cette pièce, inspirée des clichés du photographe Ruven Afanador, réinvente le flamenco dans une esthétique dépouillée en noir et blanc, libérée des conventions de genre. Son travail, récompensé par le Prix national de la danse en Espagne et honoré en France, est présent sur de nombreuses scènes européennes ce printemps, de Berlin à Genève.
Enseignant à Barcelone et à Paris, Marcos Morau perçoit la création artistique comme une force vitale. Il évoque une pratique qui le « sauve », s’appuyant sur une équipe solide pour mener de front ses multiples projets. Son œuvre, à la croisée de l’onirisme et d’un réalisme minutieusement construit, continue d’interroger les limites du corps et de l’image.





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