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L’or attise les tensions en Amazonie indigène

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Dans le sud du Pará, les guerriers kayapo repoussent les orpailleurs illégaux tandis que l’État pein à contenir une ruée alimentée par la hausse du métal jaune et l’implication du crime organisé.

Le chef Bepdjo Mekragnotire s’apprête à mener une nouvelle expédition pour chasser les chercheurs d’or du territoire de son peuple, au cœur de la forêt amazonienne. Coiffé de plumes rouges, cet homme de 45 ans constate une recrudescence des incursions dans le territoire Bau, dans l’État du Pará. Il y a quatre ans, il avait déjà expulsé près de deux cents orpailleurs.

Les mineurs illégaux se montrent déterminés, poussés par la flambée du cours de l’or, valeur refuge dans un contexte mondial instable. En février dernier, le chef et ses guerriers ont croisé un groupe armé à bord d’un canot. Les armes ont été brièvement dégainées avant que les intrus ne soient expulsés. Une coalition d’organisations autochtones a alerté les autorités sur un risque imminent de conflit armé, sans obtenir de réponse.

L’agence environnementale Ibama reconnaît ne pas pouvoir intervenir partout. Son président par intérim indique que l’effort se concentre sur les situations les plus critiques. Depuis 2023, sous le président Lula, la lutte contre l’orpaillage illégal est devenue une priorité, après une période d’impunité sous l’administration précédente.

Les territoires indigènes protégés constituent des remparts contre la déforestation. Un survol organisé par une ONG environnementale a révélé un contraste saisissant entre les zones dégradées par l’orpaillage et les forêts intactes des réserves. Selon des données de surveillance, plus de 220 000 hectares de forêt amazonienne ont subi l’impact de l’orpaillage entre 2018 et 2025.

Les autorités ont détruit ces dernières années des centaines d’engins et des dizaines d’aéronefs, pour un montant estimé à près de 800 millions de dollars. Mais le principal défi reste la présence du crime organisé, avec des factions puissantes implantées en Amazonie. Récemment, ces groupes ont été classés comme organisations terroristes par les États-Unis.

La traçabilité de l’or pose également problème. Selon une étude, 71 tonnes d’or ont été produites l’an dernier au Brésil, principalement exportées vers le Canada, la Suisse ou le Royaume-Uni. Le gouvernement élabore une nouvelle législation pour mieux retracer l’origine du métal. La police utilise déjà une méthode d’identification par empreinte chimique.

Parallèlement, des enquêtes révèlent l’existence de mines fantômes où l’or illégal est blanchi. Des sites autorisés pour l’extraction artisanale déclarent des ventes sans activité réelle. Une grande partie de l’or provenant des zones protégées passerait par ce circuit.

Du côté des orpailleurs, certains réclament une régularisation. Le président de la fédération des coopératives du Pará déplore une criminalisation excessive et appelle à un modèle plus organisé. Au sein même des communautés kayapo, des divisions apparaissent. Certains autochtones, y compris l’ancien chef, sont favorables à l’orpaillage. Le fils de l’ancien chef reconnaît que l’argent et les biens matériels peuvent tenter les jeunes.

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