Europe
L’euro rate le coche américain : l’or et le yuan grignotent son terrain

Alors que la politique commerciale imprévisible des États-Unis aurait pu booster la monnaie européenne, l’euro stagne et perd même du terrain face à l’or et à d’autres devises. Un paradoxe qui interroge la capacité de l’Europe à saisir l’occasion.
Le grand espoir était là. Avec les décisions surprises de Washington sur les droits de douane, l’instabilité économique américaine aurait dû pousser les investisseurs vers l’euro. Mais le dernier rapport de la Banque centrale européenne (BCE) tombe comme un seau d’eau froide : la monnaie unique n’a pas décollé. Sa part de marché reste bloquée autour de 20%. C’est un peu mieux que l’an dernier, mais loin de son apogée d’il y a vingt ans. Pendant ce temps, l’or et des devises dites non traditionnelles ont profité du désordre. Les investisseurs ont préféré les valeurs refuges classiques ou des monnaies comme le renminbi chinois plutôt que de miser sur l’euro.
Christine Lagarde, la patronne de la BCE, le répète depuis longtemps : l’euro a le potentiel pour devenir une vraie alternative au dollar. Encore faudrait-il que les dirigeants européens passent des paroles aux actes. Dans le rapport, elle insiste sur trois chantiers prioritaires : renforcer la résilience économique de la zone, garantir son intégrité juridique et institutionnelle, et gagner en crédibilité géopolitique. Sans ces réformes, devenues urgentes, l’Europe risque de rester spectatrice de la recomposition monétaire mondiale. Un appel à l’action clair, mais qui bute sur le constat que les réformes financières sont bloquées depuis des années.
Il y a pourtant quelques signaux positifs. Les émissions de dette internationale libellées en euros ont explosé, dépassant 1.100 milliards de dollars. Un record historique, porté notamment par les « Reverse Yankees », ces titres de dette émis par des entreprises américaines en euros avant d’être convertis en dollars. Ce marché a bondi de près de 50%. Mais ce succès cache une autre réalité : la part de l’euro dans les réserves de change a reculé de 0,5 point, à 20,2%, très loin des 57% du dollar. Et surtout, banques centrales et investisseurs privés se sont rués sur l’or. Les achats privés ont doublé en un an, atteignant 2.200 tonnes. La part de l’or dans les réserves officielles dépasse désormais celle de l’euro et des bons du Trésor américain. Un basculement symbolique.
Sur le marché des changes, l’euro a même subi un recul net, à cause d’une forte demande de couverture en dollars face à la volatilité du billet vert. D’autres monnaies comme le renminbi chinois en ont profité pour grimper à 9% de parts de marché. Lagarde prévient : « Il n’y a pas de place pour la complaisance. Les forces de fragmentation se font de plus en plus sentir ». Un avertissement qui sonne comme un dernier appel avant que la fenêtre d’opportunité ne se referme définitivement.

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