Politique
Les talibans imposent un blackout numérique au nom de la moralité

Le régime afghan restreint massivement l’accès à internet dans plusieurs provinces, invoquant la lutte contre la corruption des mœurs. Une décision qui paralyse déjà les activités économiques et suscite l’inquiétude.
Les autorités talibanes ont considérablement réduit l’accès à internet depuis mercredi dans plusieurs régions afghanes. Cette mesure, justifiée officiellement par la nécessité de combattre « le vice » et la « corruption morale », touche désormais sept provinces, dont Balkh, Kandahar et Nangarhar. Selon des sources locales, le réseau filaire a été totalement coupé dans certaines zones, contraignant les utilisateurs à se rabattre sur des connexions mobiles, pourtant très instables.
Un porte-parole provincial a confirmé que l’ordre émanait directement de l’émir Hibatullah Akhundzada, chef suprême des talibans. Les services alternatives promises par les autorités pour répondre aux besoins de connectivité n’ont pour l’instant pas été précisées. Les opérateurs privés, interrogés sous anonymat, affirment ignorer les motivations exactes et la durée prévue de ces restrictions.
Les conséquences économiques se font déjà sentir. Des entrepreneurs déplorent l’impossibilité de communiquer avec leurs clients à l’étranger, risquant selon eux de lourdes pertes commerciales. Certains redoutent une généralisation à l’échelle du pays dans les prochains jours, comme l’a laissé entendre un responsable provincial de Nangarhar.
Le gouvernement taliban justifie cette politique par des études internes non divulguées, selon lesquelles les applications en ligne porteraient atteinte aux fondements religieux et sociaux de la nation. Pourtant, en 2024, les mêmes autorités mettaient en avant le déploiement de la fibre optique comme un vecteur de développement et d’ouverture.
Depuis leur retour au pouvoir en 2021, les talibans ont systématiquement renforcé les restrictions aux libertés individuelles, en accord avec leur interprétation rigoriste de la charia. Paradoxalement, certains responsables utilisent abondamment les réseaux sociaux pour diffuser la communication officielle.

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