Économie
Les répercussions d’un conflit lointain sur les fourneaux de Manille

_**La flambée des prix du gaz, liée aux tensions au Moyen-Orient, met en péril l’économie précaire des petits commerçants de rue aux Philippines, contraints de rogner sur leurs marges ou de voir leur clientèle s’éloigner.**_
À Manille, la préparation des plats populaires commence souvent avant l’aube. Pour de nombreux vendeurs ambulants, le réveil est désormais assombri par une facture énergétique en nette augmentation. Le coût du gaz de pétrole liquéfié, essentiel à leur activité, a presque doublé ces dernières semaines. Cette hausse trouve son origine dans la perturbation des voies maritimes et des marchés de l’énergie, conséquence directe des hostilités dans le golfe Persique.
Les petits restaurateurs, qui constituent l’un des piliers de l’alimentation urbaine aux Philippines, se retrouvent pris en tenaille. Certains, comme ce jeune cuisinier spécialisé dans le ragoût de bœuf, ont été contraints d’augmenter légèrement leurs tarifs pour compenser la dépense supplémentaire. Son revenu quotidien a malgré tout diminué d’un quart, la majorité de ses recettes étant absorbée par le coût du combustible. Les grossistes en gaz confirment cette tendance, indiquant que les prix à l’importation, dont le pays dépend à plus de 90%, n’ont jamais été aussi élevés depuis des années.
D’autres commerçants estiment ne pas avoir cette marge de manœuvre, de peur de voir leur clientèle, elle-même affectée par l’inflation, se tourner vers la concurrence. Un tenancier de cantine de rue observe ainsi une baisse régulière du nombre de consommateurs depuis le début du conflit. Beaucoup de travailleurs préfèrent désormais apporter leur déjeuner préparé à domicile. Pour limiter les frais, ce restaurateur admet devoir parfois interrompre la cuisson, une pratique qui témoigne des ajustements difficiles imposés par la situation.
L’impact dépasse le seul secteur de la restauration de rue. Les données officielles montrent une accélération générale des prix alimentaires. Pour les usagers, comme ce chauffeur de moto-taxi, chaque peso supplémentaire compte. Il constate une hausse simultanée du coût de la vie et du carburant pour son propre véhicule, réduisant d’autant son pouvoir d’achat. Un appel est lancé aux autorités pour qu’elles revoient à la baisse les taxes sur les importations d’énergie, une mesure jugée insuffisante à ce jour pour soulager un quotidien devenu plus ardu.

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