Économie
Les géants de l’IA tempèrent leurs prédictions sur l’emploi

Confrontés à une défiance grandissante de l’opinion, les dirigeants des grandes entreprises d’intelligence artificielle revoient à la baisse leurs scénarios alarmistes sur le marché du travail.
Jensen Huang, à la tête de Nvidia, et Sam Altman, patron d’OpenAI, avaient longtemps été parmi les plus loquaces concernant les bouleversements à venir dans l’emploi. Ils affirment désormais que l’ampleur de ces transformations a été largement exagérée et que certains licenciements attribués à l’IA relèvent de prétextes fallacieux. Interrogé par une chaîne asiatique, M. Huang a qualifié de « paresseux » le discours des dirigeants qui justifient leurs suppressions de postes par l’arrivée de l’intelligence artificielle. « L’IA vient à peine de devenir productive et utile, il y a six mois. Comment pourrait-elle déjà détruire des emplois ? », a-t-il lancé, soulignant que certaines entreprises licenciaient au nom de cette technologie depuis plus de deux ans, avant même qu’elle ne soit opérationnelle.
Le directeur général de Nvidia, qui estime que l’IA générera autant d’emplois qu’elle n’en supprimera, provoquant une recomposition du marché du travail plutôt qu’un effondrement, n’a pas caché son agacement. « Ils veulent juste se donner de l’importance, je déteste cela. On effraie les gens, c’est irresponsable », a-t-il ajouté. Cette prise de position intervient alors que la banque britannique Standard Chartered a récemment annoncé plusieurs milliers de suppressions de postes d’ici 2030, invoquant le remplacement de ses employés par l’IA dans des fonctions de soutien.
Lors d’une conférence à Sydney, Sam Altman a reconnu s’être trompé. « Je m’attendais à un impact plus fort sur les emplois de bureau les plus simples. Mon intuition était erronée sur ce point », a-t-il concédé, écartant le scénario d’une apocalypse pour le secteur. Dario Amodei, son concurrent à la tête d’Anthropic, a également nuancé son discours, estimant que même si 90 % des postes venaient à être automatisés, les 10 % restants gagneraient considérablement en productivité. Ce dernier a été vivement critiqué par Jensen Huang, qui a dit être « en désaccord avec presque tout ce qu’il avance ».
Ce revirement de ton coïncide avec les projets d’entrée en Bourse d’OpenAI et d’Anthropic, qui nécessitent une large adhésion des investisseurs. Le discours alarmiste a en effet alimenté un rejet croissant de l’IA, notamment aux États-Unis, où les sondages révèlent un mécontentement palpable face aux ruptures annoncées. Jusqu’à présent, la plupart des institutions économiques, dont la Banque centrale européenne, ont constaté que l’impact de l’intelligence artificielle sur l’emploi restait limité.

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