Planète
Les arbres en canicule cessent de transpirer et risquent la mort

Les forêts françaises subissent un stress thermique sans précédent, obligeant les arbres à adopter des stratégies de survie qui peuvent leur être fatales.
Dans la forêt de Fontainebleau, l’un des plus vastes massifs domaniaux de France, un chêne ne donne plus aucun signe de vie. Déjà condamné, il a cessé de transpirer, victime des canicules et des sécheresses répétées qui frappent l’ensemble du territoire. Autour de lui, d’autres arbres tentent de résister, chacun avec ses propres mécanismes d’adaptation. Les forestiers observent cette lutte silencieuse, qui se joue à l’échelle nationale.
Comme les humains, les arbres régulent leur température en transpirant. Mais lorsque la chaleur devient extrême, l’évaporation s’accélère et les végétaux doivent choisir entre deux voies risquées. Certains ferment leurs stomates, ces minuscules pores situés sur les feuilles, pour conserver l’eau. Ils réduisent alors leur transpiration, mais stoppent aussi la photosynthèse, ce qui les prive d’énergie et peut les conduire à une mort lente par manque de nourriture. D’autres, souvent dotés de racines profondes, maintiennent leurs stomates ouverts le plus longtemps possible. Ils puisent dans les réserves du sol, jusqu’à 200 litres par jour, mais courent le risque de se déshydrater si la tension dans leurs vaisseaux devient trop forte. Des bulles d’air peuvent alors se former et bloquer la circulation de la sève, entraînant une embolie mortelle.
Ce phénomène s’aggrave d’année en année dans les forêts tempérées européennes. La France, qui possède la forêt la plus diversifiée du continent, a connu une succession d’épisodes de chaleur intense et de sécheresse. La mortalité des arbres a doublé en dix ans, et on estime que près d’un tiers des essences pourraient dépérir d’ici 2050. Le réchauffement climatique impose aux arbres un choc thermique d’une ampleur inédite.
Les signes de ce stress sont visibles sur le terrain. Dans une parcelle suivie depuis plus de trente ans, certains chênes présentent un feuillage clairsemé, d’autres ont perdu des branches entières. Un arbre peut se rétablir, tandis qu’un autre succombe. Les espèces méditerranéennes, comme le chêne vert, résistent mieux grâce à leurs feuilles petites, épaisses et couvertes d’une cuticule protectrice. Les forestiers étudient ces réponses pour tenter d’accompagner l’adaptation des forêts face aux changements à venir. Mais face à la canicule, leur marge de manœuvre reste limitée.

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