Économie
Les aides agricoles dorment encore dans les tiroirs
Après un été de sécheresse et de canicules, beaucoup d’exploitants n’ont pas encore rempli les demandes d’aide. Pris par les récoltes et le soin aux…

Après un été de sécheresse et de canicules, beaucoup d’exploitants n’ont pas encore rempli les demandes d’aide. Pris par les récoltes et le soin aux bêtes, ils laissent filer des sommes pourtant prévues pour eux.
L’automne dans les fermes ne ressemble pas à une pause. Il faut nourrir les bêtes, semer les céréales d’hiver, ramasser les pommes. Et sur cette liste déjà longue s’ajoutent les démarches pour toucher les aides débloquées après un été de sécheresse et de canicules. Beaucoup d’agriculteurs savent que ces coups de pouce existent. Ils ne se sont pas encore penchés dessus. Les chantiers du moment passent d’abord, de la récolte des pommes et des châtaignes aux agnelages et aux vêlages.
La protection sociale agricole a donc lancé une campagne très large depuis plusieurs semaines. Près de 53 000 SMS ou courriels ont été envoyés et près de 14 000 appels passés. Objectif immédiat, offrir une écoute après un été éprouvant pour les récoltes et les animaux, mais aussi pour les exploitants eux-mêmes. Les appels servent ensuite à rappeler les dispositifs habituels, comme le soutien psychologique, l’étalement des cotisations sociales ou le remplacement pour permettre de souffler, et les aides annoncées en urgence. Des enveloppes ont été ouvertes au printemps pour la hausse du gazole non routier et en juillet pour celle des engrais après le blocage du détroit d’Ormuz.
Sur le terrain, les conseillers constatent un décalage simple. S’ils n’évoquent pas les aides, les exploitants n’en parlent pas. Leur priorité reste de trouver de quoi nourrir les animaux. Après chaque appel, les liens pour déposer une demande sont renvoyés, avec la promesse d’un formulaire qui prend quelques minutes. Pourtant, entre avril et août, 74 millions d’euros ont été versés pour le gazole non routier sur une enveloppe de plus de 250 millions. Et 17 millions d’euros d’aides liées aux engrais ont été demandés sur 145 millions, une somme à consommer avant la fin 2026 sous peine de devoir rendre les fonds restants à l’Union européenne.
Devant le faible nombre de demandes, le ministère de l’Agriculture a rouvert les guichets du printemps pour les retardataires du gazole non routier. Il permet aussi de joindre des factures d’engrais non acquittées aux dossiers. Les raisons du retard varient. Certains sont passés à côté de l’information. D’autres n’ont pas eu la force d’affronter des démarches chronophages. En Bretagne, les appels ont d’abord visé des éleveurs de volailles qui ont parfois dû enfouir eux-mêmes des tonnes d’animaux étouffés en juin. Une deuxième vague s’est ensuite adressée à d’autres éleveurs, à des céréaliers et à des maraîchers.
Les conseillers décrivent des exploitations sous pression. Surcharge de travail, traumatisme psychologique, fatigue extrême, sentiment d’isolement et pertes financières s’additionnent. Les activités agricoles doivent se calmer en novembre, mais pour l’instant il faut rattraper le retard accumulé cet été, notamment sur les semis. Les bilans de cotisations sociales de fin d’année serviront ensuite à proposer des échéanciers ou des allègements. Cette voie passe par une enveloppe séparée et donc par une démarche de plus pour l’agriculteur.
Le gouvernement a aussi annoncé 235 millions d’euros confiés aux préfets pour soulager les trésoreries de ceux qui n’avaient pas de quoi racheter des animaux ou des semences. Dans le Finistère et les Côtes-d’Armor, environ 4 500 demandes ont été déposées sur 16 000 exploitants pour 8,2 millions d’euros à répartir. Le formulaire comptait quinze pages et 80 questions. Les grosses exploitations ont été aidées, tandis que les plus petites ont parfois été dépassées. Les agriculteurs comparent toujours le temps passé au montant reçu. Pour le gazole non routier, l’aide peut descendre à une centaine d’euros. Pour la trésorerie, elle a pu atteindre 4 000 euros, voire 10 000 selon les critères retenus par chaque département. En Dordogne, le formulaire a été allégé, mais le montant moyen risque d’être plus faible.
Les aides arrivent peu à peu sur les comptes. De quoi tenir une année pour certains, peut-être pas deux. D’autres feront les comptes et choisiront d’arrêter. Certains iront manifester.
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