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Culture

Leonardo Padura et le poids du réel cubain sur l’écriture

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L’écrivain cubain le plus lu au monde évoque une île où l’incertitude économique et politique s’invite dans chaque page. Dans un entretien, il confie une angoisse palpable pour l’avenir de son pays.

Leonardo Padura, 70 ans, a accordé un entretien à l’occasion de la sortie en français de son roman « Aller à La Havane », publié aux éditions Métailié. Reçu à l’Institut Cervantes de Paris, l’auteur a d’abord hésité à commenter la situation actuelle de Cuba, avant de laisser la réalité le rattraper. « À Cuba, peu importe ta situation économique. La réalité ne frappe pas à la porte, elle l’ouvre et entre chez toi », a-t-il déclaré.

Les difficultés quotidiennes marquent son travail. « Lors d’une coupure de courant, je peux passer une journée à attendre d’avoir une connexion pour avancer », raconte-t-il, tout en se disant privilégié par rapport à la majorité des Cubains. L’écrivain illustre la précarité par une conversation avec son frère : « Chaque fois que nous prenons la voiture, ce n’est pas un trajet de plus mais un de moins, car on ignore quand nous aurons à nouveau de l’essence. »

Padura a écrit « Aller à La Havane » pour honorer une dette envers sa ville natale, dont il retrace l’histoire. Interrogé sur un portrait actuel de la capitale, il note une aggravation du délabrement et des besoins depuis la publication de l’ouvrage il y a deux ans. Le contraste avec la décennie précédente le frappe : concerts internationaux, visite présidentielle, matchs de baseball avec les ligues majeures américaines. « C’est comme si nous étions deux pays différents », observe-t-il.

L’écrivain craint une escalade militaire américaine, avec des « dommages collatéraux terribles » en cas de bombardements ou d’opérations. Quant à l’avenir de La Havane, il reste pour lui un point d’interrogation. « L’incertitude est universelle, mais dans le cas cubain, elle est très palpable, très douloureuse et présente face à nous », conclut-il.

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