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Le retour en force du cormoran met les pêcheurs européens sur le pied de guerre

Cet oiseau noir, presque disparu il y a 50 ans, pullule aujourd’hui en Europe au point de vider des rivières entières. Neuf pays de l’UE demandent un…

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Le retour en force du cormoran met les pêcheurs européens sur le pied de guerre

Cet oiseau noir, presque disparu il y a 50 ans, pullule aujourd’hui en Europe au point de vider des rivières entières. Neuf pays de l’UE demandent un assouplissement des règles de protection.

En quelques décennies, le grand cormoran d’Europe a fait un comeback spectaculaire. Dans les années 1950, il avait été presque rayé de la carte par la destruction systématique de ses colonies. Aujourd’hui, on compte environ deux millions d’individus sur le continent. Cette explosion démographique ne passe pas inaperçue pour les pêcheurs. Ils accusent l’oiseau de dévorer des tonnes de poissons et de ruiner leur activité. Au point que neuf États membres de l’Union européenne viennent de demander à Bruxelles de pouvoir réguler plus librement cette espèce pourtant protégée depuis 1979.

Les témoignages venus de plusieurs pays sont accablants. En Slovaquie, un responsable de club de pêche décrit l’oiseau comme un « terroriste » qui peut « en un instant prélever l’ensemble de la population de poissons dans les eaux libres de glace ». En République tchèque, un ichtyologue compare l’arrivée d’une bande de cormorans à un « massacre à la tronçonneuse » : les poissons sont blessés ou tellement stressés qu’ils cessent de se reproduire. En Roumanie, dans le delta du Danube, l’association des pêcheurs estime les pertes à « des millions de poissons » chaque année. Le mot « nuisible » revient souvent.

Mais les défenseurs de l’environnement nuancent ce tableau. Ils rappellent que le cormoran profite aussi des déséquilibres créés par les humains. La surpêche en mer Baltique a éliminé les grands poissons prédateurs, laissant un vide que l’oiseau a tout naturellement comblé. Par ailleurs, les rivières et étangs d’Europe centrale sont devenus des « baignoires à poissons » : on y cure les fonds, on enlève les arbres morts qui servaient de cachettes. Résultat, les poissons n’ont nulle part où se cacher quand les cormorans migrent par milliers. L’ornithologue tchèque Zdenek Vermouzek rappelle que ces oiseaux ont « très peu de prédateurs naturels » et se multiplient donc sans contrôle.

Côté solutions, les avis divergent radicalement. Certains pêcheurs proposent une méthode radicale mais écologique : huiler les œufs pour empêcher les embryons de se développer. Une façon de réduire la population là où elle se reproduit, même si l’idée fait frémir. Les ornithologues, eux, mettent en garde contre une solution généralisée. Ils rappellent que les cormorans sont intelligents et changent leurs habitudes dès qu’on les dérange. L’un d’eux suggère plutôt de laisser les rivières retrouver un cours plus naturel, avec des refuges pour les poissons. Pluie de dérogations locales ou gestion paneuropéenne, le débat ne fait que commencer.

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